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Canada: la recrudescence des morts par overdose de drogue inquiète

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Chaque jour, le personnel de Cactus, qui concentre la moitié des injections supervisées de Montréal, fait face à deux ou trois interventions majeures. Souvent, les gens se retrouvent en état de détresse respiratoire pour avoir trop consommé du Fentanyl, une substance 20 à 40 fois plus puissante que l’héroïne. Cette drogue, utilisée au début par les médecins comme antidouleur, se vend en microgrammes. Il suffit que les produits utilisés pour la couper soient de mauvaise qualité, ou la dose mal mélangée, pour que la respiration de la personne ralentisse jusqu’à un seuil critique. Commence alors la bataille permettant à l’usager de drogue de revenir à lui. Parfois, l’intervenant lui parle. Parfois, il exerce des points de pression sur son cou et sur ses épaules. Tout cela pour éviter d’avoir recours au Naloxone. Cet antidote a le défaut de provoquer instantanément des effets physiques majeurs de manque chez les toxicomanes qui le reçoivent.

Des drogues aux effets toujours plus dévastateurs

À Montréal, les drogues disponibles sur le marché noir ont changé. Depuis 5 ou 6 ans, la consommation d’opiacés augmente. Les métamphétamines, des psychostimulants qui diminuent les inhibitions, prennent aussi de plus en plus de place dans ce cocktail. C’est ce que constate Céline Côté, travailleuse de rue de l’Équipe mobile de médiation et d’intervention sociale (ÉMMIS), de la ville de Montréal. « Avec le Crystal meth, on voit la différence, a-t-elle expliqué au quotidien La Presse le 24 juillet. Les gens font des psychoses. Ils ne sont plus là, tu ne peux plus avoir de conversation avec eux. Ils se détériorent en six mois. »

Les effets délétères de ces drogues puissantes frappent plusieurs quartiers comme un coup de fouet. Certaines substances produisent un effet durant seulement quelques heures, ce qui oblige les usagers à en consommer toujours plus. On croise des silhouettes cassées dans les squares. On les aperçoit allongées le long des ruelles ou sur des bancs publics, avec une seringue plantée dans le bras ou la cuisse. « Cela devient de plus en plus violent, témoigne Marjolaine, qui partage son expérience avec l’organisme Spectre de rue, un site d’injection supervisé. Certains commencent à consommer de la drogue parce qu’ils se retrouvent dans la rue et que tenir à jeun, c’est vraiment difficile. »

Des laissés pour compte

Ici comme ailleurs, la pandémie a laissé des traces indélébiles. Mis à rude épreuve, le système de santé, déjà fragilisé, ne prend pas soin des plus démunis. Les problèmes de maladie mentale s’accumulent, faute de personnel disponible pour les traiter. Sans parler des services d’aide à la désintoxication, largement sous-financés, qui ne suivent pas. La crise du logement fait le reste. Incapables de faire face à l’augmentation vertigineuse des loyers, de nombreuses personnes se retrouvent sans domicile fixe. La drogue leur semble alors la seule échappatoire.

« Les pouvoirs publics ne nous ont pas écoutés, alors que depuis dix ans, on annonce l’arrivée de cette crise » lance la professeure Céline Bellot de l’Université de Montréal, spécialiste des populations marginalisées. Selon la chercheuse, les différentes mesures prises par les pouvoirs publics ces derniers mois restent très superficielles. Elles ne règlent pas la question du manque d’accès de traitement aux dépendances, le peu de places disponibles dans des centres d’injections supervisés, sans parler de la pénurie chronique de logements qui condamne les plus pauvres à vivre dans la rue.

Alors, que faire ? Chantal Montmorency dirige l’Association québécoise pour la promotion des personnes utilisatrices de drogue qui organise une journée de sensibilisation aux surdoses à Montréal. Selon elle, la prohibition de ces substances constitue une des causes majeures de cette crise. « Si on avait accès à des drogues moins dangereuses, si les usagers pouvaient en parler ouvertement à leur médecin et obtenir des ordonnances, on aurait moins de surdoses », soutient-elle. Pour sa part, la chercheuse Céline Bellot déplore surtout que les pouvoirs publics n’en fassent pas assez pour venir en aide à ces gens à l’abandon dans plusieurs quartiers. « Il faut agir pour les sortir de cette situation. On devrait penser à sauver des vies avant de mettre plus de policiers dans les rues. »

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