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Venezuela: «Les Etats-Unis veulent asphyxier le gouvernement de Maduro»

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Les Etats-Unis ont annoncé lundi 28 janvier des sanctions contre la compagnie pétrolière nationale vénézuélienne, accentuant encore la pression sur le régime de Nicolas Maduro. Entretien avec Isabelle Rousseau, professeur au Centre des études internationales au Colegio de Mexico. Elle a notamment publié « Le pétrole au cœur de la crise vénézuélienne » et « Le chaos vénézuélien peut-il embraser la région ? ».

RFI : Washington a annoncé des sanctions contre l’entreprise pétrolière nationale vénézuélienne PDVSA. Toucher aux revenus pétroliers, c’est le meilleur moyen de pression qu’ont les Etats-Unis pour fragiliser le régime de Nicolas Maduro ?

Isabelle Rousseau : Plus que le fragiliser, les Etats-Unis veulent asphyxier le gouvernement de Maduro. Et une des meilleures manières de le faire, c’est via les revenus du pétrole. Le Venezuela envoie entre 500 000 et 600 000 barils par jour aux Etats-Unis pour le raffiner [C’est une estimation, car il est devenu très difficile d’avoir des chiffres crédibles, NDLR]. Or, c’est le seul argent frais, en liquidités, que reçoit Nicolas Maduro. Parce que le Venezuela envoie beaucoup de pétrole en Chine, mais c’est pour rembourser la dette qu’il a contractée avec les Chinois : les Vénézuéliens leur doivent encore autour de 20 milliards de dollars de dettes qu’ils remboursent avec des barils de pétrole. Donc, sans l’argent des Américains, Nicolas Maduro ne peut pas subsister à terme. Comment est-ce qu’il va payer les fonctionnaires et l’armée ? D’ici quinze jours, si on asphyxie Nicolas Maduro de cette façon, il va y a voir une très grave crise interne contre le régime de la part de sa population.

Maduro a rompu les relations diplomatiques avec les Etats-Unis mais il n’a pas rompu les relations commerciales. Bien entendu, puisqu’il a besoin de l’argent du pétrole. Donc, Juan Guaido a désormais installé un bureau commercial à Washington, avec la présence de Voluntad Popular [le parti auquel il appartient, NDLR], qui va recevoir les revenus du pétrole. Donc, cet argent n’ira plus à Maduro, mais au gouvernement intérimaire de Guaido. Ils sont aussi en train d’installer d’autres bureaux en Europe, en Australie, en Israël, au Canada et ailleurs avec des gens de l’opposition ou de Voluntad Popular. A voir quelle sera la réaction de Maduro et de ses alliés.

Quels sont les scénarios envisageables maintenant que deux camps sont clairement définis et que les positions se durcissent ?

Il y a un volet interne au Venezuela, avec deux forces qui s’affrontent : Nicolas Maduro et Juan Guaido. Le président par intérim a tout un plan pour obliger Nicolas Maduro à renoncer, mais ce qui doit avoir le plus d’impact, c’est ce qu’ils sont en train de faire actuellement : forger des assemblées de quartier absolument partout dans le Venezuela, avec un plan d’amnistie vis-à-vis des fonctionnaires et des militaires. Pour Guaido, c’est très important d’avoir au moins un tiers de l’armée, non pas les hauts gradés qui sont très riches, mais les soldats qui sont extrêmement pauvres comme les autres Vénézuéliens. Même si déjà José Luis Silva, l’attaché militaire de l’ambassade du Venezuela aux USA [qui était pro-Maduro, NDLR] vient de reconnaître Guaido. Il y a également une reconnaissance de la part de pas mal de personnels dans les neuf consulats vénézuéliens aux Etats-Unis, donc il y a un changement qui est en train de s’opérer. Le travail de résistance est très important.

Mais Guaido tout seul, sans les négociations internationales, cela risque d’être compliqué. Le volet international est donc essentiel et les négociations au plus haut sommet se font aujourd’hui entre la Russie et la Chine d’un côté, et les Etats-Unis de l’autre.

Quels sont les intérêts de la Chine et de la Russie au Venezuela ?

Depuis des années, les Russes et les Chinois ont servi de bouteilles d’oxygène au régime de Maduro, ils lui ont permis de survivre en lui prêtant de l’argent. Aujourd’hui, le Venezuela doit encore 20 milliards de dollars aux Chinois à peu près, 8 milliards aux Russes. Mais je pense que les Russes et les Chinois en ont probablement marre de Maduro et qu'ils voudraient se débarrasser de cet allié qui commence à être très incommode. Tout en protégeant leurs intérêts.

La Russie et la Chine ont acheté énormément de gisements ou de blocs de pétrole, surtout depuis 2015. Des gisements qui ont été bradés. L'année 2015, c’est aussi le moment où l’Assemblée nationale du Venezuela a été gagnée de manière écrasante par l’opposition. Or, l’Assemblée nationale tenue par l’opposition à la tête de laquelle se trouve aujourd’hui Juan Guaido, a voté contre cette vente bradée. Et elle a toujours dit : « Le jour où on arrivera au pouvoir, on ne reconnaîtra ni la dette, ni les puits de pétrole et les gisements vendus. » Donc, bien sûr, les Russes et les Chinois veulent préserver leurs biens ou au moins assurer leurs arrières.

Le Venezuela a aussi d’énormes mines d’or, de coltan, de bauxite, d’argent... Non seulement les Russes ont mis la main sur une partie du coltan et de l’or, mais la Turquie aussi. Ce qui peut expliquer pourquoi la Turquie est entrée dans le jeu vénézuélien du côté des Russes et des Chinois.

Et les Etats-Unis, quel est leur intérêt au Venezuela ? Le pétrole qu’ils raffinent ?

Non, plus maintenant. Quand Chavez est arrivé au pouvoir, le Venezuela produisait 3,5 millions de barils par jour environ. Aujourd’hui, le chiffre oscille entre 1,2 million et un million. Avant, le Venezuela était le deuxième ou troisième exportateur de pétrole aux Etats-Unis, mais aujourd’hui le pays a très peu de barils à vendre, les Etats-Unis sont devenus le plus grand producteur de pétrole au monde, et son grand fournisseur est actuellement le Canada. Donc, le pétrole du Venezuela n’est pas vital pour les Etats-Unis. En revanche, les Etats-Unis tiennent le Venezuela par le pétrole. Et ce qui est vital pour Washington, c’est de reprendre la main sur la scène sud-américaine. C’est « l’Amérique aux Américains » et la doctrine Monroe. Surtout parce que, depuis Bush, et encore plus depuis Obama, les Américains se sont désintéressés de l’Amérique latine.

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