Réforme polémique au Gabon : perdre sa nationalité pour atteinte à l’État désormais possible
Un nouveau cap vient d’être franchi au Gabon en matière de législation sur la citoyenneté. Depuis le 26 février 2026, un nouveau code de la nationalité est entré en vigueur, remplaçant la loi de 1999 et introduisant des dispositions qui suscitent une vive controverse.
Adopté par ordonnance présidentielle sous l’autorité du président de la transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, ce texte vise, selon les autorités, à moderniser un cadre juridique jugé obsolète. Mais plusieurs juristes et acteurs de la société civile dénoncent des mesures jugées attentatoires aux libertés fondamentales.
Parmi les innovations les plus critiquées figure la possibilité de retirer la nationalité gabonaise à tout citoyen impliqué dans des actes qualifiés de « subversifs et déstabilisateurs » contre les institutions de l’État. Une disposition qui, pour de nombreux observateurs, ouvre la voie à des interprétations subjectives et potentiellement abusives.
Le nouveau code introduit également une classification des citoyens en trois catégories : Gabonais d’origine, d’adoption et d’affiliation. Une distinction inédite qui, selon certains analystes, pourrait accentuer les fractures sociales. Désormais, l’accès à des postes stratégiques, notamment dans la magistrature ou au sein du gouvernement, est réservé aux seuls Gabonais d’origine.
Autre changement notable, le délai pour obtenir la nationalité par mariage passe de trois à six ans de vie commune. Si les autorités évoquent la lutte contre les unions de complaisance, des défenseurs des droits estiment que cette mesure risque d’exclure injustement des personnes pleinement intégrées.
L’article 64 concentre l’essentiel des inquiétudes. Il prévoit qu’en cas de mise en demeure, toute personne accusée d’activités jugées subversives dispose de trois mois pour se conformer aux exigences des autorités, sous peine de perdre sa nationalité.
Des voix s’élèvent pour dénoncer une réforme adoptée sans véritable débat public. Le juriste Ali Akbar Onanga Yobegue appelle à une réflexion nationale sur un texte qui touche, selon lui, « au socle même du contrat social ».
Sur les réseaux sociaux, les réactions se multiplient. De nombreux citoyens s’interrogent sur les critères permettant de qualifier un acte de « subversif » et redoutent une instrumentalisation politique dans un contexte de surveillance accrue de la parole publique.
Cette réforme intervient dans un contexte particulier. Depuis le renversement du président Ali Bongo Ondimba en août 2023, le pays est dirigé par une transition militaire conduite par le Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions. Plusieurs réformes ont été engagées, notamment après l’adoption d’une nouvelle Constitution en novembre 2024.
Si les autorités affichent leur volonté de refonder les institutions, cette révision du code de la nationalité ravive les tensions et relance le débat sur l’équilibre entre impératifs sécuritaires et respect des droits fondamentaux. Pour l’heure, le gouvernement ne s’est pas encore exprimé officiellement sur la polémique, tandis que la contestation continue de gagner du terrain.
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