Persécutés, torturés et tués en raison de la couleur de leur peau : Six afro-allemands ou africains victimes des Nazis
Lorsque les Nazis arrivent au pouvoir en 1933, plusieurs milliers de Noirs vivaient en Allemagne.
Estimée à environ 20 000 personnes au maximum, selon les périodes et les critères retenus, cette minorité comprend des ''Afro-Allemands nés en Allemagne, des enfants de soldats coloniaux français en Rhénanie après 1918, des marins, artistes, étudiants ou travailleurs venus d'Afrique, des Caraïbes ou des États-Unis. Considérés comme des personnes inférieures, ils sont harcelés, persécutés voire tués par le nouveau régime. Certains sont emprisonnés, stérilisés de force. D'autres sont transférés dans les camps de concentration. S'ils ont la chance d'échapper à ce sort, ils doivent se contenter de petits boulots car les lois nazies limitent leur insertion économique et sociale.
Dans cet article, nous vous racontons le cas de 6 personnalités afro-allemandes ou africaines victimes des atrocités des Nazis, afin de mettre un nom et un visage sur ces milliers de noirs victimes de la barbarie nazie.
S'il fallait mettre un visage à la barbarie nazie contre les afro-allemands et personnes noires, ce serait celui de Hilarius Gilges.
Né à Düsseldorf le 04 mars 1909, d'un père africain qui travaillait dans un bateau et d'une mère allemande ouvrière textile de profession, Hilarius Gilges qui a pris le nom de son beau-père était un ouvrier, acteur et militant communiste avant sa mort.
En tant que métisse, Gilges doit faire face aux insultes et autres discriminations en raison de la couleur de sa peau. Tout jeune, il s'engage dans le Kommunistischer Jugendverband Deutschland (KJVD), l'organisation de la jeunesse du Parti communiste allemand,
Militant antifasciste affirmé, il participait à des groupes de théâtre ouvrier et à l'organisation de manifestations contre le nazisme.
En 1931, lors d'une manifestation massive à Marz-Gedenfeier, Gilges fut entraîné dans une bagarre avec des agitateurs d'extrême droite et arrêté par des policiers sympathisants nazis et condamné à un an de prison.
Libéré un an après en 1932, il reprend ses activités politiques en parcourant la région du Bas-Rhin pour avertir les habitants des villes des dangers du nazisme.
Le 20 juin 1933, quelques mois après l'arrivée d'Hitler au pouvoir, Gilges est interpellé et emmené de force par des agents de la Gestapo et de la Schutzstaffel (SS) alors qu'il se trouvait chez lui avec sa famille.
Le lendemain, « Lari », comme ses camarades communistes le surnommaient affectueusement a été retrouvé mort sous le pont d'Oberkassel qui traverse le Rhin.
Gilges a reçu 37 coups de couteau, les bras disloqués et abattu d'une balle dans la tête.
Son assassinat fait de lui, l'une des premières victimes noires connues du régime nazi et un symbole de l'antifascisme noir en Allemagne. Personne n'a été poursuivie pour son assassinat.
Après la guerre, Gilges fut reconnu comme un patriote allemand, et des monuments commémoratifs dédiés au jeune martyr furent érigés dans la ville de Düsseldorf.
Il a laissé derrière lui une femme et deux enfants. Sa fille Franziska déclara dans un témoignage ces propos « Mon père a été arrêté sous mes yeux. Douze grands officiers SS l'ont traîné hors de la maison. La fois suivante où je l'ai vu, c'était ici [sur le Rhin à Düsseldorf], flottant sous le pont. Il avait été poignardé 37 fois et avait reçu une balle dans la tête », selon socialistworker.co.uk.
Son père est un camerounais, sa mère allemande, Theodor Wonja Michael est né à Berlin en janvier 1925. Il était le plus jeune d'une famille de quatre enfants. Son père Theophilus Wonja Michael, est un migrant camerounais, sa mère Martha, une allemande originaire de Posen (Poznań).
En raison de sa couleur de peau, il est exclu de l'école et de nombreuses professions à cause des lois racistes de l'Allemagne nazie.
Finalement il se joindra à son père avec tous ses enfants à la Völkerschau (exposition ethnologique) de Mohamed ben Ahmed, qui était principalement engagée par des cirques itinérants allemands tels que Holzmüller et Jakob Busch.
Tout jeune, Theodor Wonja a voulu intégrer innocemment l'organisation de la jeunesse hitlérienne Deutsches Jungvolk (Jeunesse allemande). Mais cette adhésion lui a été refusé pour des raisons évidente liées à la couleur de sa peau.
C'est pour cette même raison que sa candidature pour un apprentissage d'artisan lui a été refusé également.
Au printemps 1940, il trouva un emploi de groom dans le célèbre hôtel « Excelsior » de Berlin.
Sa situation personnelle s'aggrava considérablement lorsqu'il a voulu se soumettre à la visite médicale pour effectuer le service militaire en 1943.
La Wehrmacht le rejeta comme étant « inapte au service militaire. Et il est envoyé par la suite dans un camp de travail ''camp Adlergeste ll pour travailleurs étrangers '' à Berlin-Adlershof.
Dans ce camp, il doit travailler jusqu'à douze heures par jour à assembler des pièces métalliques à l'aide de vis avec les autres travailleurs jusqu'à la libération du camp par l'Armée rouge en avril 1945.
La chute du régime nazi fait basculer son destin du bon côté. Il reprend ses études, se voit inviter à Paris.
Il travaillera même comme expert sur les questions africaines pour plusieurs revues économiques avant de devenir rédacteur en chef du tout nouveau « Afrika-Bulletin » à Cologne.
À la fin de l'année 1971, Theodor Michael a travaillé à la Bundesnachrichtendienst (Service fédéral de renseignement allemand), comme spécialiste de l'Afrique avec le grade de conseiller.
En 2018, Theodor Michael a reçu la Croix fédérale du mérite allemande (Bundesverdienstkreuz) pour son engagement social en tant que témoin contemporain de l'histoire. Un an plus tard, en octobre 2019, il est décédé à Cologne.
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