Un nouveau pays refuse l’accès des Américains sur son territoire
« Œil pour œil, dent pour dent », pourrait-on dire de cette décision diplomatique. Le Pakistan, bien décidé à rendre les coups et à ne pas tendre l’autre joue à Washington, vient de ranger le tapis rouge qu’il déroulait autrefois aux ressortissants américains.
Il fut un temps, pas si lointain, où posséder un passeport bleu frappé de l’aigle à tête blanche ouvrait toutes les portes, sans même avoir à toquer. Eh bien, ce temps-là est révolu. Ce n’est pas une interdiction complète, mais le Pakistan, qui multipliait pourtant les œillades aux investisseurs et aux touristes pour faire de l’ombre au géant indien, vient de durcir le ton.
En effet, le pays vient de mettre fin à son programme de « visa gratuit à l’arrivée » pour les ressortissants de 125 pays, dont les États-Unis. En deux temps trois mouvements, il était possible de décrocher un visa permettant de rester sur le territoire pour une durée de 90 jours : une facilité administrative qui a été emportée par un vent d’ouest diplomatique un peu trop frisquet.
Pour n’importe quel voyageur venant de cette liste de pays, il suffisait jusqu’ici de dégainer son smartphone et de lancer l’application Pak ID. En quelques tapotements et un scan de passeport, l’affaire était pliée : l‘entrée dans le pays était autorisée entièrement gratuitement.
Désormais, c’est plus compliqué, puisque l’application redirigera n’importe quel détenteur du passeport américain vers le parcours de demande de visa classique. Une procédure manuelle où le voyageur devra renseigner les informations concernant son voyage, uploader ses justificatifs et passer à la caisse.
Une nouvelle taxe a été mise en place, s’élevant à 35 dollars pour les 124 autres nationalités, mais pour les Américains (ainsi que leurs cousins canadiens et britanniques), elle est de 60 dollars. De surcroît, il ne sera plus possible d’aller et venir librement dans le pays comme c’était le cas avec Pak ID, car ce revirement impose une entrée unique et un délai de traitement de sept jours. Si un Américain, lors de son voyage, doit ressortir du pays pour passer par la Chine ou l’Inde, son visa expirera et il devra de nouveau payer 60 dollars et attendre une semaine avant d’être autorisé à pénétrer les frontières du pays.
Islamabad ne s’est pas donné la peine d’expliquer l’existence de ce tarif premium réservé à ces trois nations, mais quelques hypothèses ne sont pas à exclure. Quoiqu’il en soit, la posture diplomatique du pays a bien changé depuis août 2024, lorsque le Premier ministre Shehbaz Sharif faisait la promotion de l’assouplissement du régime de délivrance des visas. Il disait, à l’époque, qu’il « aiderait à faire du Pakistan une destination attractive pour les investissements et le tourisme ». Visiblement, l’attractivité a ses limites, encore plus quand les hôtes sont des indésirables.
Le Pakistan rejoint ainsi un front de nations qui refusent désormais de se laisser marcher sur les pieds par l’Oncle Sam et les mesures immigratoires draconiennes de Donald Trump. Touchant désormais 39 pays, jamais les États-Unis n’avaient autant fermé leurs frontières. En plus de ces restrictions, une autre mesure vient tout juste de tomber : Washington a suspendu la délivrance de tous les visas d’immigration (cartes vertes) pour les ressortissants de 75 pays… dont le Pakistan. Vous commencez à comprendre un peu ce qui se trame ?
En réponse, d’autres pays comme le Tchad, le Niger, le Burkina Faso et le Mali ont purement et simplement stoppé la délivrance de visas pour les Américains. Une réponse du berger à la bergère, rapelant que si l’Amérique tient tant à se murer chez elle, le reste du monde est prêt à lui tenir la porte.
Voilà l‘un des nombreux contrecoups de l’America First, cette ancienne politique populiste du début du XXème siècle, que Trump a repris dès son premier mandat de 2017. Une doctrine qui a provoqué des sursauts des tarifs douaniers cette année, provoquant également une hausse du coût de la vie pour l’Américain moyen.
Si, d’un côté, Washington protège ses emplois et économise sur ses bugdets intérieurs, le retour de ce protectionnisme de grand-père fait un peu tache. Jamais les USA n’ont eu autant besoin de rayonner pour contrer l’influence chinoise ou l’émergence de nouveaux hubs technologiques en Asie, mais le Gouvernement préfère se couper progressivement du monde.
Il ne faut donc pas s’étonner que ces mesures de réciprocité soient prises, même si elles ne proviennent pas nécessairement de grandes puissances mondiales. Elles créent souvent un effet de meute, et les pays affectés n’auront aucune vergogne à tourner un jour le regard vers l’Est si elles en ressentent le besoin. Si Oncle Sam leur claque la porte au nez, ces nations n’hésiteront plus à ouvrir la leur à Pékin ou à Moscou, qui se font un plaisir d’offrir des facilités d’entrée et des investissements sans les leçons de morale ou les restrictions migratoires imposées outre-Atlantique.
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