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Une affaire « hors norme » : sept douaniers renvoyés en correctionnelle pour des dérives suivant des saisies de drogue

Auteur: LeParisien

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Une affaire « hors norme » : sept douaniers renvoyés en correctionnelle pour des dérives suivant des saisies de drogue

Poursuivis pour « trafic de stupéfiants », ils encourent jusqu’à dix ans de prison. Ce dossier questionne notamment la gestion et la rémunération des informateurs.

Leurs opérations auraient été marquées par des dérives, notamment la revente de cocaïne via un informateur. Sept douaniers, dont deux anciens cadres, sont renvoyés devant le tribunal correctionnel de Paris pour « trafic de stupéfiants » et/ou « complicité de trafic de stupéfiants ».

Outre les douaniers, qui encourent jusqu’à dix ans de prison et l’interdiction d’exercer, huit personnes, trafiquants et informateurs, sont renvoyées devant la justice. La date du procès n’a pas encore été fixée.

Dans son ordonnance de renvoi datée de fin décembre, révélée par Libération et consultée par l’Agence France-Presse (AFP) ce lundi, la juge d’instruction souligne qu’« aucun élément ne vient corroborer les suspicions d’enrichissement personnel ».

Mais, note-t-elle, cette affaire questionne « en profondeur » les pratiques de la prestigieuse Direction nationale des recherches et des enquêtes douanières (DNRED). Avec en ligne de mire la façon de gérer et de rémunérer les indics, appelés aviseurs dans le monde des douanes.

Un mail envoyé en 2011 lance l’affaire

Ce dossier a entraîné une « information judiciaire hors norme » avec « un temps de règlement (…) inhabituellement long », reconnaît la magistrate. Tout commence en novembre 2011 avec un mail intitulé « douaniers corrompus », adressé notamment au parquet de Paris, dénonçant de drôles de pratiques de fonctionnaires, nommément cités. Deux douaniers auraient détourné 9,7 kg de cocaïne, la DNRED en cacherait encore 15 kg dans un coffre et un des deux douaniers aurait revendu 10 kg de cocaïne via un informateur.

À l’origine : des livraisons de drogue autorisées sur le territoire national dans le cadre de la lutte contre le trafic de stupéfiants. Cette technique, au cœur de nombreuses enquêtes policières et douanières, vise à piéger les trafiquants, en permettant leurs interpellations une fois la drogue arrivée.

Deux envois de Colombie, avec des acheteurs en Italie, interviennent ainsi en novembre 2009 et février 2010, avec un total officiel de 44 kg de cocaïne - mais qui, en fait, serait de 50 kg. Le 15 février 2010, une trentaine de kilos sont remis à trois Italiens, qui sont interpellés. Restent alors une quinzaine de kilos non écoulés.

Pour « sauver » leur aviseur, Patcho, aussi impliqué dans le trafic et qui se disait en « danger de mort », les Colombiens réclamant d’être payés, la hiérarchie demande aux douaniers d’actionner leurs informateurs pour écouler la drogue.

Parmi eux : Zoran Petrovic, ancien militaire serbe. Ce dernier a déjà été condamné en appel en mai 2025 à trois ans de prison, dont deux avec sursis, dans une affaire d’importation de café de contrebande remontant à 2015. À ses côtés ont aussi été condamnés cinq anciens haut gradés des douanes, accusés d’avoir fermé les yeux sur les importations massives de marchandises contrefaites (café, tabac…) que cet informateur - avec qui ils travaillaient depuis 2011 - organisait. Et ce dans l’espoir de gonfler leurs chiffres des saisies.

Un premier procès en 2022

La justice avait estimé lors du premier procès en 2022 que cette affaire avait porté une « atteinte exceptionnelle » à l’image des douanes et conduit à « dévoyer tout le système de gestion des aviseurs ».

Dans l’affaire renvoyée récemment, et qui porte donc sur des faits plus anciens, un des agents des douanes aurait vendu à ce fameux Zoran Petrovic sept à huit kilos de cocaïne du stock pour payer l’aviseur colombien se disant menacé. La dizaine de kilos restants est, elle, placée dans le coffre de la direction, sans que les magistrats en soient avertis.

L’enquête révèle d’autres pratiques vraisemblablement irrégulières. L’une d’elles remonte à novembre 2009, lors de la saisie de 577 kg de résine de cannabis au péage de Virsac (Gironde), sur l’A10, avec l’interception d’un « go fast » venu d’Espagne. Deux douaniers avaient reçu l’ordre de leur supérieur de « soustraire 120 kg de résine de cannabis (…) pour les remettre aussitôt après à (l’)informateur », surnommé « Biscotte », afin de le rémunérer. Pour la juge, il s’agit de « répondre à la question » : « la fin justifie (-t-elle) les moyens pour lutter contre le crime organisé ? »

Contactée par l’AFP, la Direction générale des Douanes a indiqué que la DNRED avait « connu, depuis cette affaire très ancienne, des évolutions substantielles visant à renforcer et à sécuriser ses processus les plus sensibles ».

Auteur: LeParisien
Publié le: Mercredi 04 Février 2026

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