Immeubles, terrains, salaire: l’ex-patron de la Cour constitutionnelle justifie sa fortune
CONAKRY – “Acculé” par les avocats de l’État à l’audience de ce lundi 2 mars 2026, l’ancien président de la Cour constitutionnelle, Mohamed Lamine Bangoura, a tenté de justifier son train de vie et sa gestion. À la barre de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), le prévenu a rejeté en bloc les accusations de détournement de deniers publics, de corruption et de blanchiment de capitaux.
Le face-à-face a été électrique. Mohamed Lamine Bangoura est soupçonné du détournement de 20 milliards de francs guinéens issus du budget de l’institution, ainsi que de l’usage “injustifié” de 1,2 milliard de GNF, selon l’accusation. Au-delà des chiffres, la justice s’interroge sur l’origine de son patrimoine immobilier impressionnant, comprenant des immeubles à Conakry et à Dakar, des terrains à Wonkifong (Coyah), et une propriété en France.
Des débats houleux sur la gestion financière
L’avocat de l’Agent judiciaire de l’État (AJE), Me Pépé Antoine Lamah, a mené une offensive méthodique. Il a notamment exigé la présentation des rapports et des procès-verbaux du comité de trésorerie, alors que selon lui, plusieurs anciens conseillers de la Cour affirment que “Mohamed Lamine Bangoura gérait seul les cordons de la bourse”.
L’accusation a également soulevé le cas suspect du loyer du siège de l’institution, passé brusquement de 8 à 11 milliards de GNF par an.
Le mystère du patrimoine face au salaire réel
Le calcul présenté par les avocats de l’État est sans appel : avec un salaire de 21 millions de GNF pendant deux ans, puis 75 millionspendant trois ans, les revenus totaux cumulés de l’ex-président s’élèvent à environ 3,2 milliards de GNF.
« Comment justifier l’acquisition d’immeubles à Conakry et à Dakar, se chiffrant à plusieurs milliards, avec un tel salaire ? », s’est interrogé Me Pépé Antoine Lamah.
La question du blanchiment a également été centrale. L’avocat a pointé du doigt l’utilisation de cambistes pour le financement des travaux à Dakar, une pratique hors circuit bancaire classique qui, selon l’accusation, vise à dissimuler l’origine des fonds.
La défense de Mohamed Lamine Bangoura
Face à cette pression, l’ancien haut magistrat a nié être l’ordonnateur des dépenses : « Le comité de trésorerie fonctionnait normalement. Je ne pouvais sortir aucun fonds sans son aval. Les décisions étaient prises en plénière. Quand la plénière décidait qu’un franc sortait, je ne pouvais m’y opposer. »
Concernant les subventions liées aux élections (présidentielle, législatives et référendaire), il a affirmé que les 3 à 5 milliards de GNFoctroyés provenaient directement du budget de souveraineté du président Alpha Condé. Quant aux 11 milliards du loyer, il a soutenu que ces fonds « ne transitaient même pas par le compte de la Cour ».
« 36 ans au service de l’État »
Pour justifier sa fortune, Mohamed Lamine Bangoura a mis en avant sa longue carrière et ses revenus annexes : « J’ai fait 36 ans au service de l’État. Je suis enseignant-chercheur. J’avais beaucoup d’autres opportunités. Ce n’est pas le salaire brut qu’il faut voir… »
Sur instruction du juge Yacouba Conté, l’audience a été renvoyée au lundi 9 mars prochain pour la suite des débats.
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