La RD Congo et les États-Unis officialisent un accord pour l'accueil de migrants expulsés par Washington, la société civile s'alarme
Le gouvernement congolais a officialisé ce dimanche 5 avril un accord avec les États-Unis pour accueillir, dès ce mois d'avril, des ressortissants de pays tiers expulsés des États-Unis, sans toutefois préciser leur nombre. Entièrement financé par la partie américaine, ce dispositif présenté comme temporaire a été conclu sans consultation du Parlement ni de la population, selon la société civile.
Le gouvernement congolais a officialisé un accord avec Washington pour accueillir, dès ce mois d'avril, des ressortissants de pays tiers expulsés des États-Unis, annonce l'agence de presse Reuters. Ce dispositif, présenté comme strictement temporaire, sera entièrement financé par la partie américaine, assure Kinshasa. La société civile dénonce un accord opaque, conclu sans consultation du Parlement ni de la population.
Le site d'information Jeune Afrique révèle que les deux pays négocient depuis près d'un an. Deux ministres du gouvernement de Judith Suminwa Tuluka ont confirmé au magazine avoir reçu une proposition officielle de Washington "dans le cadre de leur programme visant à combattre l'immigration illégale".
Un autre membre du gouvernement a précisé que l'accord prendrait la forme d'un mémorandum d'entente. Sollicité sur le sujet, le Département d'État a indiqué n'avoir "aucun commentaire à faire sur les détails de ses communications diplomatiques avec d'autres gouvernements", ajoutant que "la mise en œuvre des politiques d'immigration de l'administration Trump est une priorité absolue".
Kinshasa garantit un examen au cas par cas, dans le respect des lois congolaises et des impératifs de sécurité nationale. Les arrivées ne seront pas automatiques. Le gouvernement a déjà désigné des sites d'accueil dans les faubourgs de Kinshasa et assure qu'il ne s'agit ni d'une relocalisation permanente, ni d'une externalisation de la politique migratoire américaine. Le nombre de personnes concernées et leur nationalité n'ont pas été précisés.
La société civile n'est pas rassurée. Timothée Mbuya, de l'ONG Justicia ASBL, dénonce auprès de RFI une totale opacité: "Ni la population congolaise, ni les députés nationaux et les sénateurs n'ont été informés. Il n'y a pas eu non plus un débat public autour de ces accords", fustige-t-il. "Le Congo n'est pas un dépotoir pour recevoir des individus [...] Notre pays ne dispose pas suffisamment d'infrastructures", ajoute-t-il. D'autres voix soulignent que la RDC déplore déjà plus de six millions de déplacés internes.
La RDC n'est pas la première à conclure ce type d'accord. Kigali a accueilli environ 250 expulsés américains en août 2025. L'Ouganda avait signé un accord similaire en juillet 2025, un premier groupe de douze personnes y est arrivé le 2 avril dernier. Washington a tissé des partenariats analogues avec le Cameroun, le Ghana, la Guinée équatoriale, le Soudan du Sud et l'Eswatini.
Selon un rapport du Comité des affaires étrangères du Sénat américain publié en février 2026, le coût de ces expulsions vers des pays tiers aurait dépassé 40 millions de dollars entre janvier 2025 et janvier 2026. Kigali et Malabo auraient chacun touché 7,5 millions de dollars dans ce cadre. Cet accord s'inscrit dans une coopération plus large: les deux pays ont également conclu un accord minerais contre sécurité, et Washington a promis 900 millions de dollars à Kinshasa dans le domaine sanitaire.
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