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Cacao ivoirien : bras de fer tendu entre l’État et les multinationales

Auteur: Ivoirematin.com

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Cacao ivoirien : bras de fer tendu entre l’État et les multinationales

La filière cacao ivoirienne traverse une période de fortes tensions. Une crise qui met en lumière, une fois encore, le profond déséquilibre des rapports de force entre le Conseil du Café-Cacao (CCC), les producteurs et les multinationales occidentales qui contrôlent l’exportation des fèves. Profitant de la baisse des cours mondiaux, ces groupes ont choisi de ralentir volontairement leurs achats afin d’imposer une baisse du prix garanti payé aux producteurs ivoiriens. Une stratégie calculée, loin d’être économique, mais clairement politique et spéculative.

Le surplus de cacao actuellement observé en Côte d’Ivoire n’est pas le fruit du hasard. Il résulte d’abord du mécanisme de stabilisation mis en place par l’État, qui prévoit la vente anticipée de 85 % de la production et la commercialisation de 15 % en cours de campagne. À cela s’ajoutent l’arrêt quasi total de la contrebande vers les pays voisins, l’arrivée de fèves en provenance du Liberia, de la Guinée et du Ghana, ainsi qu’une forte spéculation interne.

En fixant le prix garanti à 2 800 FCFA le kilogramme à l’ouverture de la campagne, l’État ivoirien a fait un choix courageux en faveur des producteurs. Cette décision a freiné la fuite du cacao vers les pays limitrophes, attiré des volumes étrangers vers les ports ivoiriens et provoqué un important report de stocks de la campagne précédente vers la nouvelle. Anticipant une hausse du prix, certains opérateurs ont stocké massivement du cacao de l’ancienne récolte pour le revendre au prix plus élevé de la nouvelle campagne, gonflant ainsi artificiellement les volumes disponibles.

Or, le Conseil du Café-Cacao avait déjà vendu par anticipation 85 % de la production nationale sur la base d’estimations établies bien avant cette accumulation exceptionnelle. La Côte d’Ivoire se retrouve donc avec plus de cacao que prévu, qu’il faut impérativement acheter aux producteurs avant de le céder aux multinationales regroupées au sein du GEPEX. Ces intermédiaires, devenus incontournables, approvisionnent les chocolatiers internationaux qui refusent d’acheter directement auprès du CCC ou des exportateurs nationaux.

C’est à ce moment précis que les multinationales refusent d’assumer leur part de responsabilité dans le système de stabilisation, dont elles ont pourtant largement profité lorsque le marché était haussier. Elles exigent la baisse du différentiel d’origine et la suppression du Différentiel de Revenu Décent, pourtant conçu pour lutter contre la pauvreté chronique des producteurs ivoiriens et ghanéens. Elles passent sous silence le fait que l’État ivoirien a prévu un soutien financier pour absorber le surplus, en compensant l’écart entre le prix CAF stabilisé par le CCC et les cours actuels du marché de Londres. En clair, elles peuvent acheter le cacao ivoirien au prix garanti sans subir de pertes financières.

Malgré cela, aucun compromis n’est accepté. L’objectif réel est évident : faire porter aux producteurs ivoiriens le poids de la volatilité des marchés internationaux, fragiliser les mécanismes de protection sociale et affaiblir durablement le système de stabilisation. Si ces exigences aboutissaient, le prix garanti chuterait de 2 800 à environ 1 800 FCFA le kilogramme, entraînant une perte sèche de 1 000 FCFA par kilo pour les producteurs, que l’État serait ensuite contraint de compenser avec les fonds de stabilisation.

Face au refus du CCC de céder à ce chantage, les multinationales ont enclenché une stratégie de blocage. Les achats en brousse sont volontairement ralentis, y compris pour des volumes déjà pré-vendus à prix fixe. Cette manœuvre laisse les producteurs avec leurs fèves invendues et les pousse à brader leur cacao en dessous du prix garanti pour pouvoir survivre. Il s’agit ni plus ni moins d’un chantage économique organisé.

En réaction, le Conseil du Café-Cacao étudie des solutions de souveraineté, notamment la mobilisation de Transcao Négoce, filiale publique, le stockage stratégique du surplus et le recours accru aux exportateurs nationaux. L’objectif est de protéger les producteurs et d’empêcher l’effondrement du prix payé en brousse.

Au-delà de la conjoncture, cette crise révèle une réalité préoccupante. Un cartel de cinq multinationales contrôle l’essentiel de la commercialisation et de l’exportation des fèves de cacao ivoirien, sans créer de valeur ajoutée significative pour l’économie nationale. Alors que la Côte d’Ivoire assure plus de 40 % de la production mondiale, ces groupes continuent de privilégier l’exportation de fèves brutes et imposent leurs conditions à un pays pourtant central dans la filière mondiale.

Cette situation n’est plus soutenable. La Côte d’Ivoire doit opérer une rupture stratégique en accédant directement aux chocolatiers internationaux, en limitant strictement le rôle des multinationales à la transformation locale, en renforçant les acteurs nationaux et en reprenant le contrôle de l’ensemble de la chaîne de valeur. Le cacao est une richesse nationale. Il ne peut plus rester l’otage d’intérêts privés étrangers. L’heure n’est plus aux ajustements techniques ni aux compromis déséquilibrés, mais à une décision politique forte, fondée sur la souveraineté économique et la défense assumée des producteurs ivoiriens.

Auteur: Ivoirematin.com
Publié le: Lundi 12 Janvier 2026

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