« Il m’a étranglée dans le noir » : un comptable condamné pour violences conjugales après un conflit lié à la polygamie au Sénégal
Le Tribunal des flagrants délits de Pikine-Guédiawaye, au Sénégal, a jugé ce lundi une affaire de violences conjugales impliquant A. S. Sow, comptable domicilié à Keur Massar. Il était poursuivi pour coups et blessures volontaires ayant entraîné une incapacité temporaire de travail (ITT) de 6 jours, ainsi que des menaces de mort contre son épouse, N. Cissé. À la barre, le prévenu a rejeté les faits, tandis que son épouse a maintenu ses accusations avec insistance.
Selon la plaignante, les faits se seraient déroulés au retour d’un voyage de son mari. Après lui avoir ouvert la porte, elle s’était couchée avant de constater une coupure d’électricité dans la chambre. « Je suis allée lui demander pourquoi il avait coupé le disjoncteur. Il m’a étranglée et frappée au visage », a-t-elle déclaré devant le tribunal. Le certificat médical versé au dossier fait état d’une tuméfaction de la face gauche et d’une blessure à l’épaule.
Le prévenu a, pour sa part, contesté la version de son épouse, affirmant que certaines déclarations consignées lors de l’enquête auraient été faites sous contrainte. Il a expliqué que les tensions dans son couple ont commencé lorsqu’il a annoncé son intention de prendre une seconde épouse, une décision qui, selon lui, a profondément détérioré leur relation. Il soutient que son épouse lui menait la vie dure depuis lors et évoque même un épisode où elle aurait tenté de sauter d’un véhicule qu’il conduisait.
Concernant les faits du jour, A. S. Sow reconnaît une altercation mais nie avoir étranglé sa femme. « Elle avait changé la serrure et refusait d’ouvrir. Le courant était coupé. Nous nous sommes disputés et je l’ai repoussée », a-t-il expliqué, tout en minimisant les accusations d’étranglement. Le juge lui a toutefois rappelé qu’il avait, lors de l’enquête préliminaire, reconnu avoir légèrement étranglé son épouse.
N. Cissé a maintenu sa version, affirmant avoir été étranglée après avoir reçu un coup au visage. Elle a également évoqué un précédent épisode de violences survenu dix jours avant les faits jugés. Pour la partie civile, il ne s’agit pas d’un incident isolé mais d’un cycle de violences conjugales. L’un des avocats de la plaignante a rappelé qu’un certificat médical datant d’avril faisait déjà état de violences. « Son amour maternel et sa volonté de protéger ses enfants l’ont maintenue dans le foyer », a-t-il plaidé, réclamant 500 000 FCFA de dommages et intérêts. Le parquet a, de son côté, requis l’application de la loi pénale.
La défense a plaidé la thèse d’un conflit conjugal lié à la jalousie et au projet de polygamie. Me Souleymane Soumaré a soutenu qu’il s’agissait davantage d’un différend privé que d’une affaire pénale, demandant une application clémente de la loi. Me El Hadji Diène a également estimé que la plaignante avait du mal à accepter la décision de son mari de prendre une seconde épouse, ajoutant qu’elle avait envisagé de retirer sa plainte avant de se raviser.
Au terme des débats, le tribunal a relaxé A. S. Sow du chef de menaces de mort. Les faits ont été requalifiés en coups et blessures volontaires simples. Le prévenu a été condamné à trois mois d’emprisonnement avec sursis et devra verser 300 000 FCFA de dommages et intérêts à son épouse.
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