Abdoulaye Wade, ancien président du Sénégal: 100 ans et une vie hors normes
De la prison à la gloire, Abdoulaye Wade a tout connu. Résumer cent ans de sa vie, c'est impossible, tant il a changé de casquette et dribblé tous ses adversaires par ses multiples volte-face. Mais de sa naissance mystérieuse à la libération de son fils Karim, RFI s'arrête aujourd'hui sur huit dates, huit moments décisifs où l'homme a fendu l'armure et montré sa vraie nature, qui est hors du commun.

L'ancien président sénégalais Abdoulaye Wade lors de son arrivée à Dakar le 10 juillet 2017. SEYLLOU / AFP
► Mai 1926. La naissance supposée…
Officiellement, le futur président du Sénégal a vu le jour le 29 mai 1926 à Saint-Louis. Son père était un riche commerçant de Kébémer, dans le nord du pays. C’était aussi un ancien tirailleur sénégalais. Mais est-ce sa vraie date de naissance ? Les historiens sont partagés, car Abdoulaye Wade lui-même a confié un jour qu’enfant, à Saint-Louis, il avait couru derrière le cheval d’Ahmadou Bamba. Or, comme le fondateur de la confrérie des Mourides est mort en juillet 1927, ça ne colle pas !
« Maintenant que vous n’avez plus d’ambition électorale, vous pouvez nous dire quel âge vous avez ? », l’interpelle Jeune Afrique en mai 2014. Réponse : « J’ai 87 ans. Mais admettons que j’en aie 90 : et après ? Je suis en bonne santé. Mon père est mort à 101 ans, il a fait la Grande Guerre. Ma grand-mère est morte à 121 ans. Dans ma famille, on connaît la longévité. Mais je suis musulman, je sais que je peux partir à tout moment. Je sais que j’ai fait tellement de bien sur la terre que j’irai au paradis ».
► Mai 1963. Le verdict qui le rend « malheureux »
Après de solides études à l’école Duval de Saint-Louis et à l’école William Ponty près de Dakar, le jeune Abdoulaye décroche une bourse pour le lycée Condorcet, à Paris, où il passe son bac en 1950. Mathématiques, physique, droit, sciences économiques, lettres… Le brillant jeune homme collectionne les diplômes dans les facultés de la Sorbonne, de Besançon, Dijon et Grenoble. À Besançon, où il est avocat stagiaire, il séduit une femme mariée, une jolie blonde aux yeux bleus du nom de Viviane Vert. Elle lui donnera deux enfants, Karim et Sindiély.

Vue aérienne de Saint-Louis au Sénégal. AFP
Jeune avocat, Me Wade commence à s’engager en politique. À Paris, il entre au bureau national de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF) – la pépinière des futurs hommes d’État du continent (Alpha Condé, Ibrahim Boubacar Keita, Bob Akitani, Laurent Gbagbo, etc). Toujours à Paris, le jeune avocat anticolonialiste adhère au Collectif des défenseurs des combattants algériens du Front de libération nationale (FLN). Et à Dakar, où il est nommé avocat-défenseur près la cour d’appel et les tribunaux de l’A.O.F. (Afrique occidentale française) dès mai 1958, deux ans avant l’indépendance, il se taille vite une réputation de ténor des salles d’audience.
En décembre 1962, le Sénégal connait une crise ouverte entre le président et le Premier ministre. Déjà ! Léopold Sédar Senghor fait arrêter Mamadou Dia, qui est traduit devant une Haute Cour de justice pour « tentative de coup d’État ». Me Wade est l’un de ses défenseurs. En mai 1963, il ne parvient pas à empêcher la condamnation de Mamadou Dia à la prison à perpétuité. Plus d’un demi-siècle plus tard, il confiera à Jeune Afrique avoir été « très malheureux » de n’avoir pas pu lui éviter cette condamnation « injuste et très sévère ». Pour lui, Mamadou Dia n’avait en effet jamais voulu faire un coup d’État.
► Juin 1974. Les trois ruses de Mogadiscio
Tout commence en 1973. Depuis onze ans, Senghor gouverne sans partage. Malgré les appels à la clémence de la part du pape, de Jean-Paul Sartre et de François Mitterrand, Mamadou Dia est toujours en prison. Le Sénégal est sous l’emprise d’un parti unique, l’Union progressiste sénégalaise (UPS). C’est le moment où Abdoulaye Wade, avec quatre compatriotes, initie le « Manifeste des 200 », qui, sans critiquer le gouvernement, veut faire des propositions pour une meilleure gouvernance.
En mars 1974, Senghor se décide enfin à gracier et à libérer Dia, son ancien Premier ministre. En juin 1974, le président sénégalais se rend en Somalie pour assister à un sommet de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA). Première ruse : Wade se fait inviter à Mogadiscio comme expert, afin de soumettre aux chefs d’État du continent un rapport sur les conditions pour créer une monnaie africaine. Deuxième ruse : Wade se présente à l’hôtel où loge Senghor – il n’aurait jamais réussi à franchir tous les barrages à l’entrée du palais à Dakar – et réussit à se faire introduire dans la suite présidentielle… avec l’aide de Moustapha Niasse, directeur de cabinet de Senghor et futur Premier ministre de Wade. Troisième ruse : Wade demande à Senghor l’autorisation de créer un parti… non pas d’opposition, mais « de contribution ».

Conférence de presse Abdoulaye. Wade, 1979. Le PDS a 5 ans. De g. à d. : Maurice Bassène, Abdoulaye Wade, Alassane Cissoko. © Collection privée, Monique Bassène
Le poète-président, qui est dans une phase d’ouverture politique – il vient de libérer Dia –, se laisse convaincre. Sans être dupe, d’ailleurs, des ruses de Wade, puisqu’il s’amuse à le surnommer « Ndiombor », « lièvre futé » en wolof. L’avocat crée donc le Parti démocratique sénégalais (PDS) et en fait vite le réceptacle des frustrations de beaucoup de jeunes exaspérés par l’immobilisme du pouvoir. Aux législatives de février 1978, le PDS arrache 17 sièges sur 100 et Wade devient député. À la présidentielle de décembre 1978, le fringant député ose se présenter contre le père de l’indépendance et obtient presque 18% des voix. Face aux 82% de Senghor, c’est peu, mais une longue marche vient de commencer.
► Février 1994. Le fond du trou
En février 1994, quand l’opposant Abdoulaye Wade est jeté en prison pour la troisième fois de sa vie, beaucoup se disent que sa carrière politique va se terminer là, à l’âge de 68 ans. En janvier 1981, Abdou Diouf a succédé à Léopold Sédar Senghor à la tête du Sénégal. Le Parti socialiste (PS) a succédé à l’UPS. Trois fois, en 1983, en 1988 et en 1993, Wade s’est présenté contre Diouf. Trois fois, il a été battu. Du moins officiellement. Après cette dernière présidentielle, la colère gronde à Dakar. En février 1994, six policiers meurent brûlés vif dans leur véhicule incendié par des émeutiers. L’avocat-opposant est aussitôt arrêté. Cinq mois et une grève de la faim plus tard, il est libéré. Mais le PDS, est en perte de vitesse. « L’opposition et les masses réclament l’alternance, mais le pouvoir la refuse et nous n’arrivons pas à nous en débarrasser. Nous sommes donc dans une situation de blocage », confesse-t-il en juillet 1994 à Jeune Afrique.
Et lui-même déboussole ses partisans en acceptant de faire volte-face et de rentrer en 1995 dans un nouveau gouvernement Diouf, avec rang de ministre d’État. Il va y rester deux ans. Apparemment, Wade est fini. « Il est allé à la soupe », disent ses détracteurs. Mais c’est mal connaître l’homme du « sopi », « changement » en wolof. « Ndjombor » a encore un tour dans son sac.
► Octobre 1999. Le retour triomphal
« L’État-PS » d’Abdou Diouf est-il une citadelle imprenable ? À l’issue des législatives de mai 1998, que les socialistes au pouvoir emportent une nouvelle fois, Wade le « loser » semble abattu. Avec son épouse, il quitte sa villa du quartier résidentiel du Point E, à Dakar, et se retire dans son pavillon de Versailles, près de Paris, où il médite pendant une longue année. Après vingt-cinq ans de combat, n’est-il pas temps d’arrêter ? Épuisés par tant d’années sans résultats et sans revenus financiers, quelques membres de sa famille lui conseillent cette voie. Aussi, à l’approche de l’an 2000, le patron du PDS laisse-t-il entendre à plusieurs visiteurs que c’est fini et qu’il va laisser la place aux jeunes. Dans le camp Diouf, on se frotte les mains à l’idée d’une présidentielle sans Wade…
Pourtant, au Sénégal, un homme continue de croire en la victoire et de préparer les troupes du « Sopi » au rendez-vous présidentiel de février 2000. C’est Idrissa Seck, le n°2 du PDS, qui fait des navettes incessantes entre Dakar et Versailles. À son mentor, il explique qu’il y a deux signes d’espoir. D'abord, pour la première fois, un Observatoire national des élections (ONEL) garantit une certaine transparence du fichier électoral. De plus, après 38 ans de règne sans partage, le PS s’effrite. Deux ténors du parti, Djibo Leyti Ka et Moustapha Niasse, viennent d’entrer en dissidence contre Abdou Diouf.

Abdoulaye Wade de retour à Dakar, est accueilli par des centaines de milliers de soutiens, le 27 octobre 1999. AFP - SEYLLOU
En octobre 1999, le septuagénaire se décide à rentrer. À son arrivée à Dakar, Abdoulaye Wade est accueilli par une marée humaine. Des centaines de milliers de « sopistes », qui avaient eu peur de le perdre, l’accompagnent de l’aéroport à sa villa du Point E. La dynamique est relancée. Mieux encore : trois figures d’extrême gauche, Abdoulaye Bathily, Amath Dansokho et Landing Savané, qui pèsent ensemble près de 10% de l’électorat, se rallient à sa candidature et forment avec lui la coalition Alternance 2000. Tant pis si Abdoulaye Wade est un homme de droite soutenu en France par le très libéral Alain Madelin. Ce qui importe pour Bathily, Dansokho et Savané, c’est d’abattre « l’État-PS » et de faire souffler sur le Sénégal un vent de liberté. La machine Wade est relancée.
► Mars 2000. L’impensable
En janvier-février 2000, la campagne est exaltée. Aux grands meetings du PS pour le candidat Diouf, le candidat Wade répond par l’organisation d’impressionnantes « marches bleues », de la couleur emblématique du PDS. Les mots se durcissent. Sur RFI, Wade déclare, d’un ton menaçant : « Le seul arbitre qui existe aujourd’hui, c’est l’armée ». En privé, il affirme même accepter l’idée d’une prise de pouvoir par les militaires, « quitte à ce qu’ils le gardent un temps ». Car à son avis, « une transition en uniforme reste une transition, alors que le règne de Diouf est sans fin ». Objectif de Wade : faire peur aux apprentis fraudeurs.
Le 27 février 2000, pour la première fois depuis l’indépendance de 1960, le candidat du pouvoir est mis en ballotage. Diouf vire en tête avec 41,3% des voix, mais Wade le talonne avec 31%. Et le troisième, le dissident socialiste Niasse – celui qui avait facilité la rencontre Senghor-Wade de juin 1974 à Mogadiscio – demande à ses partisans – 16,7% des électeurs – de voter Wade au second tour.
Pendant la campagne du deuxième tour, le camp Diouf, dirigé par l’énergique Ousmane Tanor Dieng, le stratège du PS, tente un sursaut. Mais la vague du « sopi » est trop forte. Le 19 mars, au soir du second tour, grâce à une toute nouvelle invention – le téléphone portable –, les radios libres communiquent en direct les résultats bureau de vote par bureau de vote. Presque partout, Wade est en tête. Un meeting géant s’improvise devant la villa du Point E, où le candidat du « sopi » annonce sa victoire devant une foule en délire.
Ce même soir du 19 mars 2000, il règne une tout autre atmosphère au Palais présidentiel. Abdou Diouf est en contact téléphonique permanent avec son ministre de l’Intérieur, le général Lamine Cissé, qui, département par département, lui égrène les mauvais résultats. Puis le président sortant s’isole et se mure dans le silence. Le matin du 20 mars arrive l’impensable. À 10h30, après une longue nuit de réflexion, Abdou Diouf appelle Abdoulaye Wade et le félicite pour sa victoire. C’est le basculement.

Des Sénégalais jubilent dans une rue de Dakar après l'annonce de l'élection comme président d'Abdoulaye Wade, le 20 mars 2000. AFP - SEYLLOU DIALLO
Aussitôt, les radios annoncent la nouvelle, un concert de klaxons retentit sur la place de l’Indépendance et un immense frisson s’empare de Dakar. Abdoulaye Wade a gagné par 58,5% contre 41,5% des voix. Il a forcé le destin. L’impensable est arrivé. Wade devient le premier homme politique à imposer l’alternance par les urnes en Afrique francophone. Et il y est arrivé avec sa seule énergie, sa seule volonté, sans l’appoint d’une conférence nationale. Désormais, qu’il tienne ses promesses ou qu’il les trahisse, Wade sait que son nom va rentrer dans l’histoire. Et Diouf, qui reconnaît sa défaite en grand seigneur, sait aussi qu’il va rester dans les livres d’histoire. Longue vie au Sénégal !
► Mars 2012. « Je te félicite »
Tenace pour prendre le pouvoir, Abdoulaye Wade l’est encore plus pour le garder. Après douze ans de règne – il a été réélu en février 2007 –, le voici à nouveau candidat à la présidentielle de 2012. Face à lui, il y a notamment Macky Sall, l’un de ses fidèles lieutenants, qui a été son Premier ministre d’avril 2004 à juin 2007. Les deux hommes se sont brouillés quand « Macky » a voulu s’opposer à une succession dynastique en faveur de Karim Wade, le fils du président.
Pour marquer son passage à la tête du Sénégal, le président a lancé de grands chantiers – la voie rapide sur la corniche de Dakar, le nouvel aéroport international de Diamniadio, l’autoroute Dakar-Diamniadio, etc. –, mais il a aussi quelques idées de grandeur qui attirent les foudres de ses adversaires. En avril 2010, quand il inaugure à Dakar le Monument de la renaissance africaine – une structure en bronze et cuivre de 52 mètres de haut face à l’Atlantique –, certains l’accusent d’être devenu « mégalomane ». Macky Sall, son ex-Premier ministre, passe à l’offensive : « C’est à partir de sa réélection, en 2007, qu’Abdoulaye Wade (…) s’est éloigné des préoccupations des citoyens : l’énergie, les inondations, l’agriculture. Il a visé le prestige et la gloire. La fonction élève et isole. Le réveil risque d’être brutal. Wade a toujours parié sur le culte de la personnalité » (« La stature d’un dictateur », Le Monde, 3 décembre 2011).
Wade dictateur ? L’accusation est injuste, car jamais l’homme n’a tenté de prendre le pouvoir par les armes, ni d’y rester par ce moyen. Mais au fil de ses douze années de règne, Abdoulaye Wade va prendre quelques libertés avec les usages de la démocratie. En février 2007, sa réélection dès le premier tour pose question. Au lendemain du scrutin, l’un de ses plus proches conseillers confie à RFI : « Sans la fraude, il y aurait eu un second tour ». Commentaire de son ex-allié Abdoulaye Bathily : « Wade, c’est l’homme qui met son clignotant à gauche et qui tourne à droite ».
En février 2012, à l’âge officiel de 85 ans, « Gorgui » – « le vieux » en wolof – remonte sur les estrades pour tenter d’être élu une troisième fois. Au soir du premier tour, avec 34,8% des voix, il est mis en ballotage par Macky Sall, son ex-Premier ministre, qui le suit de près avec 26,5% des suffrages, et qui est allié à trois autres candidats de poids, Niasse, Tanor et Seck. Va-t-il tenter de passer en force ? Non. Le 25 mars à 21h30, au soir du second tour, le vieux Wade prend son téléphone et appelle « Macky » : « Les choses se précisent, tu vas gagner je te félicite ». La victoire de Macky Sall est sans appel – 65,8% contre 34,2%. Comme Diouf douze ans plus tôt, Wade le juriste – il a été aussi professeur de droit à l’université de Dakar – choisit de respecter la loi et de faire mentir ceux qui le traitaient de « dictateur ».
► Juin 2016. Le grand soulagement
Chez Abdoulaye Wade, il reste un mystère. Comment, à partir de 2004, un homme aussi avisé a-t-il pu se lancer dans le pari fou d’organiser une succession en faveur de son fils ? Sans doute parce que c’est l’homme de toutes les audaces. En 1974, quand il se lance dans l’arène politique, c’est déjà un pari fou. Alors, trente ans plus tard, pourquoi ne pas faire le même pari pour son fils… En juin 2004, le père confie au fils la préparation du prochain sommet de l’Organisation de la conférence islamique (OCI) à Dakar.
En mai 2009, malgré les déboires électoraux de son fils aux municipales du mois de mars précédent à Dakar, face au socialiste Khalifa Sall, Abdoulaye nomme Karim à un super-ministère où sont rassemblés cinq portefeuilles, ce qui fait dire aux plaisantins que Karim Wade est devenu « ministre du ciel et de la terre ». À partir de la réforme avortée de juin 2011, il ne fait plus aucun doute que le chef de l’État sénégalais est obsédé par le désir de voir son fils lui succéder un jour. Cette obsession va lui coûter cher.

Le nouveau ministre sénégalais des Transports aériens Karim Wade, lors d'une assemblée générale réunissant des travailleurs de la compagnie Air Sénégal International, à Dakar, le 6 mai 2009. (Photo : AFP)
En mars 2012, c’est parce qu’ils ne veulent pas entendre parler de succession dynastique que les Sénégalais expulsent « Gorgui » et son fils du pouvoir. En avril 2013, après l’arrestation de Karim Wade par la justice sénégalaise, on découvre un nouvel Abdoulaye Wade, un père profondément meurtri par le sort fait à son fils. En février 2015, quelques jours avant la condamnation de « Karim » à six ans de prison pour enrichissement illicite, « Gorgui » n’hésite pas à qualifier le président Macky Sall de « descendant d’esclaves » et « d’anthropophages [qui] mangeaient les bébés ».
Wade le provocateur cherche-t-il à pousser le régime à bout et à se voir convoqué par la justice pour « offense au chef de l’État » ? Wade l’agitateur veut-il retourner en prison, comme au temps où il défiait Abdou Diouf, pour alimenter sa stratégie de la tension et mettre ses partisans dans la rue ? À ce moment-là, l’homme politique semble s’effacer devant le père et l’émotion semble prendre le pas sur la raison.
Mais c’est mal connaître le Vieux Lion. En bon manœuvrier, Abdoulaye Wade souffle le chaud et le froid. Après avoir mobilisé plusieurs chefs d’État en faveur de son fils – le Congolais Denis Sassou Nguesso, l’Ivoirien Alassane Ouattara, le Qatari Hamad Al Thani, etc. –, il s’adoucit et, le 28 mai 2016, il délègue son numéro 2, Oumar Sarr, au dialogue national initié à Dakar par Macky Sall. Le lendemain, le 29 mai, « Gorgui » a 90 ans et c’est bingo. Le chef de l’État Macky Sall l’appelle pour lui souhaiter bon anniversaire. Le 2 juin, dans une interview à RFI, le même Macky Sall annonce : « La libération [de Karim Wade] aura lieu certainement avant la fin de l’année ». Le 24 juin, Karim Wade est gracié et s’envole aussitôt pour le Qatar, où il vit encore aujourd’hui.
Ce jour-là, c’est le grand soulagement. L’homme du sopi remporte sa dernière grande bataille, la plus belle, celle pour la libération de son fils. Aujourd’hui, à l’âge de 100 ans, Abdoulaye Wade reste intellectuellement alerte, selon Jeune Afrique, qui vient de lui rendre visite à Versailles. Et nul doute que le Vieux Lion attend avec gourmandise de savoir qui va lui souhaiter bon anniversaire. Va-t-il être appelé ce 29 mai par le président Bassirou Diomaye Faye et par l’ex-Premier ministre Ousmane Sonko ? Va-t-il aussi recevoir des appels de ses trois ennemis intimes : Abdou Diouf, Idrissa Seck et Macky Sall ? En attendant, RFI n’a qu’un mot : « Bon anniversaire, Monsieur le Président ».
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