La Gambie en Débat : Le Projet de Troisième Mandat d'Adama Barrow Contesté
L'éventualité d'un troisième mandat pour le président gambien Adama Barrow suscite une vague d'opposition, marquée notamment par l'intervention d'Amadou Jaiteh, avocat, ancien diplomate et fondateur du mouvement politique PROGRESS. Ce dernier lance un appel pressant aux citoyens pour qu'ils s'opposent à la continuité, qu'il juge préjudiciable à la démocratie et au chef de l'État lui-même.
Juriste de formation ayant démissionné de son poste à la mission permanente de la Gambie à l’ONU par "perte de confiance" envers la direction du gouvernement Barrow, Amadou Jaiteh s'est depuis engagé en politique avec la création de PROGRESS. Ce mouvement, qui prévoit de se muer en parti pour les élections présidentielles de l'année prochaine, se positionne en fervent opposant au troisième mandat.
Dans un entretien accordé au journal The Standard, Jaiteh qualifie d'« regrettable » cette volonté de continuité. Il reproche au Président de ne pas avoir honoré ses promesses initiales, notamment celle de limiter son premier mandat à trois ans et de mener des réformes institutionnelles essentielles.
Le fondateur de PROGRESS insiste sur un principe fondamental : la nécessité de limiter la durée d'un dirigeant au pouvoir pour éviter les dérives.
« Nous demandons aux Gambiens de refuser ce troisième mandat. Un dirigeant qui reste trop longtemps finit par s’exposer davantage. Nous devons l’aider à sortir de cette situation en l’empêchant d’aller dans une direction qui ne lui sera pas favorable. S’il persiste, nous devons le sanctionner dans les urnes. »
Face à l'argument selon lequel la Constitution actuelle (celle de 1997) ne prévoit pas de limitation, M. Jaiteh exhorte les Gambiens à se référer au projet de Constitution de 2020. Selon lui, ce texte — fruit d'une large consultation populaire — incarne les aspirations réelles du pays, notamment le rejet de tout maintien indéfini au pouvoir.
Pour Jaiteh, la législation doit être le reflet des valeurs sociales et non un héritage rigide. Il estime que les consultations nationales qui ont abouti au projet de 2020 ont donné une orientation institutionnelle claire que la volonté actuelle d'Adama Barrow de solliciter un nouveau mandat contredit.
Il met en garde contre les conséquences d'une acceptation de cette continuité : « Laisser faire ouvrirait la porte à une situation dont personne ne connaît l’issue. S’il obtient un troisième mandat, qui peut dire que cela s’arrêtera là ? »
Alors que certains estiment qu'aucun parti ne peut rivaliser avec le président Barrow en vue de la présidentielle de 2026, Amadou Jaiteh réfute cette idée. Il affirme qu'un mouvement politique crédible, porteur d'un message clair et cohérent, peut émerger et mobiliser les électeurs.
PROGRESS ambitionne d'être cette alternative, en se concentrant sur les préoccupations quotidiennes des Gambiens. Bien qu'il se montre prudent quant à d'éventuelles coalitions électorales, Jaiteh souligne que la priorité du mouvement est la consolidation interne et l'élaboration d'un programme solide axé sur :
L'opposition au troisième mandat du Président Barrow marque le début d'une intense période de confrontation électorale en Gambie, qui pourrait bien redéfinir l'avenir institutionnel du pays. Pour M. Jaiteh, le rôle des citoyens est déterminant : « La démocratie ne se construit pas seulement par des textes, mais par les choix des citoyens. S’ils refusent ce troisième mandat, ils donnent un signal clair sur la direction qu’ils souhaitent pour leur pays. »
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