Campagne de trolls, vidéos générées par l'IA, "MIGA"... L'Iran riposte face à la guerre numérique des États-Unis
Dans la guerre moderne, les combats ne se livrent plus uniquement sur le terrain: ils se déroulent également en ligne. "Une propagande de guerre", selon un spécialiste interrogé par TV5MONDE, qui s'est adaptée à l'ère des réseaux sociaux. L'Iran rivalise désormais avec les États-Unis pour devenir le plus grand guerrier du clavier au monde, et tenter de battre Donald Trump à son propre jeu.
Dès le début de la guerre, le 28 février dernier, Donald Trump donnait le ton: à coups de messages publiés sur Truth Social, de tweets, de vidéos montées ou générées par l'intelligence artificielle (IA), toutes les agences gouvernementales mettaient en scène les succès militaires des États-Unis face à l'Iran, fusionnant communication de guerre et culture internet.
L'un des clips publiés mêle des extraits du jeu vidéo GTA (Grand Theft Auto) et des images réelles de frappes militaires. Il listait les objectifs de l'opération "Fureur Epique" en Iran, à savoir: "Détruire l'arsenal de missiles de l'Iran. Détruire leur marine. Veiller à ce qu'ils n'obtiennent jamais d'arme nucléaire".
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Un autre, généré par intelligence artificielle, montrait un ancien joueur de bowling professionnel réalisant un "strike" sur des quilles portant l’inscription "responsables du régime iranien", sous les acclamations de la foule.
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La stratégie s'est avérée fructueuse: les vidéos du compte officiel de la Maison Blanche, publiées sur X les 5 et 6 mars, ont généré plus de 100 millions d'impressions.
Mais rapidement, l'Iran a mis en place une riposte pour tenter de battre Donald Trump sur son propre terrain de jeu. Parmi les exemples les plus frappants, une série de vidéos, générées par l'IA, qui représentent les victoires militaires iraniennes contre les États-Unis et Israël ou se moquent du président américain dans un style graphique de dessin animé inspiré de l'univers Lego.
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"L'Iran s'est réapproprié l'IA comme infrastructure de production en temps réel de contenu pour en faire une arme de propagande. On n'avait jamais vu un régime en pleine guerre s'en servir de cette façon".
Benoît Thieulin, directeur de la Warroom, une agence de communication en guerre informationnelle et cognitive
À travers ces vidéos, l'Iran adresse directement un message aux États-Unis: ils peuvent maîtriser ce type de communication et ils envoie aussi un signal à toute la jeunesse mondiale. "Ce à quoi nous assistons n’est pas seulement une guerre des armes, mais aussi une guerre de l’esthétique. Il y a du design, de la musique, des pixels... Il y a une recherche de familiarité culturelle qui neutralise les barrières cognitives", explique Benoit Thieulin, directeur de la Warroom, une agence en guerre informationnelle et cognitive.
Un de ces clips, accompagné d'une musique style rap/trap américain, met en scène un diable, entouré de drapeaux américain et israélien, qui ôte sa casquette "MAGA", pour "Make America Great Again", soit "Rendre à l'Amérique sa grandeur", le slogan de l’actuel président des États-Unis, et la remplace par un couvre-chef siglé "MIGA". Sous-entendu: "Rendre à l’Iran sa grandeur".
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Mais cette guerre en ligne ne se limite pas à ces vidéos Lego: des ambassades iraniennes à travers le monde, de Pretoria à Kaboul, se tournent à leur tour ces derniers jours vers les réseaux sociaux pour ridiculiser les États-Unis. Tout semble avoir commencé avec l'ambassade d'Iran en Afrique du Sud, le 30 mars, lorsqu'elle a publié cette image sur X accompagné de la légende: "un dommage mineur".
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Cette publication fait référence à la présence d’un avion E-3 Sentry de l’armée de l’air américaine lors d’une frappe iranienne contre une base aérienne saoudienne. Depuis lors, cette ambassade n’a cessé de faire des publications de ce genre. Le jeudi 2 avril, elle diffuse un dessin comparant les États-Unis à un chien et l'Iran a un lion, avec un sous-entendu clair: les Américains aboient mais ne mordent pas.
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Depuis, d'autres ambassades iraniennes dans le monde se sont joints à cette campagne de trolls, à coup de messages sarcastiques et de mèmes.
Après les menaces -et les insultes- répétées de Donald Trump à l'encontre de l'Iran, l'exhortant à ouvrir le détroit d'Ormuz, l'ambassade d'Iran au Zimbabwe a répondu: "Nous avons perdu les clés".
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Et celle d'Afrique du Sud, encore elle, s'est empressée de renchérir: "Chut… la clé est sous le pot de fleurs. Ouvert seulement pour les amis."
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Alors que Donald Trump a décalé, pour le troisième fois, son ultimatum pour faire ouvrir le détroit d'Ormuz, le consulat iranien à Hyderabad, en Inde, s'est moqué du président américain à travers une vidéo.
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Ces mèmes et vidéos, qui circulent dans le monde entier, ont atteint près de 145 millions de vues en quelques jours seulement. La viralité et la qualité de production de ces clips ont pris les États-Unis et, plus généralement, le monde occidental de court.
"Cela retourne les codes utilisés par Donald Trump. Il a commencé par brouiller les cartes en utilisant l'IA, et là il y a un retour à l’envoyeur".
Benoît Thieulin, directeur de la Warroom, une agence en guerre informationnelle et cognitive.
Peut-être que la grande nouveauté à laquelle le monde assiste aujourd'hui est la rapidité avec laquelle l'Iran a riposté numériquement et s'est doté d'une propagande de guerre efficace. "D’un point de vue technique, l'Iran a construit un écosystème d’amplification industrialisé. C'est-à-dire que ces vidéos, produites en quelques heures seulement, partent de Telegram, sont reprises par des médias d’États et des chancelleries, puis des comptes affinitaires. Ils sont aussi ensuite rendus disponibles sur les autres plateformes: Youtube, TikTok, Instagram... Bref, il y a une logistique virale très bien maitrisée", conclut Benoît Tieulin.
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