Affaire du Grand Campement : Le double jeu du PDCI face au drame de Koumassi
Dans la tragédie humaine qui secoue le Campement de Koumassi depuis le 3 juin 2026, le plus stupéfiant n’est pas l’ampleur de la polémique, mais plutôt la posture adoptée par le PDCI-RDA. Voir le vieux parti se draper dans la robe de l’accusateur public alors qu’il pourrait figurer en tête des témoins à charge a de quoi surprendre.
L’émotion et l’indignation qui ont enflammé les réseaux sociaux face aux images de centaines de familles privées de toit sont parfaitement légitimes. Pour dissiper le brouillard des spéculations partisanes, le Procureur de la République a rapidement publié un communiqué clarifiant les origines de la crise.
La justice révèle ainsi que ce drame découle d’un vieux litige foncier impliquant un certain Jacques Alloui Brou, accusé d'avoir mené des démolitions massives sans en avoir le droit légal. Une enquête judiciaire a immédiatement été ouverte pour situer les responsabilités. Si la prudence d'un État de droit exige d'attendre les conclusions de l’enquête, le PDCI a préféré opter pour la récupération politique immédiate.
Boudant le temps de la justice, plusieurs cadres du parti se sont empressés de réclamer des sanctions et de pointer du doigt le pouvoir actuel. Pourtant, ils omettent soigneusement de répondre à une question cruciale : qui est réellement Jacques Alloui Brou ?
Loin d'être un illustre inconnu, l'homme est :
Ce profil soulève des questions incontournables. Sous quelle bannière municipale et quel régime politique Jacques Alloui Brou gérait-il le foncier ? Sous la gouvernance du PDCI. Qui était alors le ministre de l’Urbanisme ? Feu Ezan Akélé, une figure historique de ce même parti.
Comment un adjoint au maire, directement chargé du domaine, a-t-il pu se retrouver au centre d’un litige portant sur 34 hectares en pleine zone urbaine, dans l’une des communes les plus stratégiques d’Abidjan ?
Une telle superficie ne s'acquiert pas par un simple coup de chance administratif. Qui a signé les documents ? Qui a fermé les yeux ? La mémoire collective ivoirienne n'a pas oublié cette époque où des milliers d'hectares changeaient de mains dans l'opacité collective, permettant à de grands barons du vieux parti de se bâtir de colossaux patrimoines fonciers.
Il ne s'agit pas ici de dédouaner le gouvernement actuel ou la municipalité d'aujourd'hui. Si des complicités contemporaines ont permis ce drame, l'enquête du Procureur devra les identifier et les punir sévèrement.
Cependant, il est intellectuellement malhonnête de voir le PDCI jouer les observateurs indignés alors que l'un de ses cadres historiques est au cœur du scandale. L'enjeu actuel n'est pas de savoir qui criera le plus fort, mais de comprendre comment un tel système a pu prospérer pendant des décennies avant de provoquer cette catastrophe sociale.
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