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"Une immense victoire politique pour Donald Trump"

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Le ministre de la Justice William P. Barr a publié un résumé du rapport du procureur spécial Robert Mueller, disculpant Donald Trump des accusations de collusion avec la Russie. Corentin Sellin, professeur d'histoire en CPGE et grand observateur de la présidence Trump, revient pour Paris Match sur ces nouvelles révélations.

Paris Match. William P. Barr a publié un résumé de quatre pages du rapport Mueller. Il disculpe Donald Trump et sa campagne de collusion mais a refusé de se prononcer sur les soupçons d’obstruction à la justice. Comment cela s’explique-t-il ?
Corentin Sellin. Il faut bien considérer, et le rapport Mueller tel qu’il est présenté par William Barr le laisse entendre, qu’on savait de l’avis de tous les juristes états-uniens que l’obstruction à la justice est un des crimes les plus difficiles à établir. Quand Donald Trump vire le directeur du FBI James Comey au printemps 2017, ce qui a beaucoup été souligné comme un potentiel fait d’obstruction car le FBI menait déjà à l’époque l’enquête sur l’éventuelle collusion russe, il ne fait qu’accomplir sa fonction de président. Beaucoup d’actes qui sont assimilables à de l’obstruction sont aussi assimilables à la simple exécution de ses missions présidentielles.
Comme le souligne Barr dans son exposé des raisons qui l’ont conduit à ne pas inculper Trump pour des faits d’obstruction, il faut pouvoir démontrer qu’il y a une intention de corruption d’un processus judiciaire et qu’il y a, dans les actions menées, une relation directe avec une enquête en cours. Visiblement, c’est une barre assez haute et Barr ne l’a pas retenue. C’est la difficulté de réunir toutes les conditions. C’est un crime très difficile à prouver et c’est ce que souligne le ministre de la Justice dans son rapport.

Depuis quelques semaines, quelques mois, Trump semblait optimiste. Il appelait à la publication du rapport, sentait que cela tournait en sa faveur.
C’était évident. Certains observateurs avaient noté que le procureur Mueller n’avait inculpé personne en rapport avec la collusion. D’autres pensaient qu’il y avait des inculpations cachées. Mais le procureur Mueller a suivi une procédure somme toute classique et n’a finalement inculpé personne. Cela faisait plusieurs mois, Trump a pu depuis le début de l’année paraître assez optimiste.

"Il y a eu une ingérence massive de la Russie"

Trump a crié victoire très rapidement, peut-être trop par rapport à la nuance sur l’obstruction. Mais cela reste une victoire politique pour lui.
C’est une immense victoire politique. Il faut rappeler que l’enquête originelle du procureur Mueller porte sur la collusion et l’ingérence. Mueller, et c’est indiqué dans son rapport, souligne que l’élection présidentielle a été l’objet d’une campagne de déstabilisation et d’influence de la Russie conséquente. Beaucoup des inculpations contre des nationaux russes viennent rappeler ce fait. Il y a eu ingérence massive de la Russie, mais Donald Trump n’a en aucun cas, d’après le rapport Mueller, collaboré avec cette ingérence. C’était le cœur de l’enquête : les soupçons d’obstruction, par définition, ne sont venus que plus tard.
C’est une victoire politique d’autant plus immense que Trump avait construit un récit alternatif sur cette enquête Mueller, la qualifiant d’abord d’«enquête pour rien», de «nothing burger», puis en insistant, toujours avec son utilisation de slogans assez simples comme le «No collusion». Il apparaît aujourd’hui comme le grand vainqueur politique même s’il faudra bien retenir le fait qu’il y a eu une ingérence russe massive et que l’enquête Mueller l’a aussi démontré.

Une ingérence russe que Donald Trump nuance régulièrement…
Avec le recul, un des aspects intéressants sera de trouver rétrospectivement que l’attitude de Donald Trump a été assez erratique vis-à-vis de cette enquête Mueller. Il l’a littéralement déchiquetée publiquement pendant plus d’un an, a remis en cause son impartialité –ce qui aujourd’hui limite sa capacité à profiter de son triomphe car c’est forcément difficile pour lui de dire à la fois que l’enquête Mueller était corrompue et partisane, et de célébrer le fait qu’elle le dédouane.
Le fait qu’il a, lui et son entourage, systématiquement minimisé les rapports avec la Russie, beaucoup d’oublis, de déclarations contredites par la suite… Pourquoi s’être donné autant de mal pour dissimuler des relations bénignes avec les Russes, comme les rencontres avec l’ambassadeur russes Kislyak de Jared Kushner et Michael Flynn ?

"Le principal nuage qui était au-dessus de la tête de Donald Trump est désormais levé"

Quelle est la prochaine étape ? Le Congrès doit se prononcer.
Il y a un point qui n’est pas négligeable, mais qui ne remet pas en cause la victoire politique de Trump, c’est le fait qu’on a lu le résumé du rapport Mueller écrit par William Barr, le ministre de la Justice qu’il vient de nommer –et qui avait décliné d’être son avocat de la défense avant de devenir ministre de la Justice des Etats-Unis. Il y a donc un enjeu évident : la publication, sinon intégrale, mais la plus large possible du rapport. Si William Barr a bien résumé le rapport, on ne voit pas ce qui l’empêcherait d’en publier de grands extraits, comme il le dit dans sa lettre.
Evidemment, les démocrates veulent la publication du rapport entier pour pouvoir évaluer les faits éventuellement relatifs à une obstruction, qui auraient pu constituer un crime mais que Mueller a finalement décidé de renvoyer auprès du ministre. C’est là l’éventuel chemin, qui est désormais très étroit pour les démocrates, vers la poursuite de l’enquête. Mais il faudrait que la Chambre démocrate trouve dans le rapport Mueller des éléments alors même que le procureur lui-même n’en avait pas assez pour prononcer une inculpation. C’est vraiment très difficile.

Cette annonce de William Barr semble donc, à un peu plus d’un an et demi du scrutin présidentiel de novembre 2020, de bon augure pour Donald Trump.
C’est même plus que cela. Le principal nuage qui était au-dessus de sa tête, qui le suivait depuis un an et demi, est désormais levé. Evidemment, il y a d’autres enquêtes, mais il faut considérer que tous les procureurs qui seront amenés à s’intéresser à Donald Trump ou son entourage seront confrontés au précédent Mueller : le président a été harcelé pendant un an et demi pour finir par être très largement dédouané. Il y a aussi un ministre de la Justice qui semble bien contrôler les choses en faveur de Donald Trump. Il a désormais une fenêtre bien ouverte jusqu’en 2020. L’enjeu principal est de voir si, dans les enquêtes d’opinion, maintenant que l’enquête Mueller est levée, Donald Trump peut enfin devenir ce qu’il n’a jamais été, ni dans les urnes ni dans les sondages : un président majoritaire auprès de l’électorat.

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