Tortures, viols... Les forces armées du Mali et le groupe Wagner visés par une plainte de trois organisations
Trois organisations de la société civile, dont la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), ont déposé ce lundi 20 avril une plainte devant la Cour africaine des droits de l'Homme et des peuples concernant des violations présumées commises au Mali et impliquant les forces armées maliennes et le groupe Wagner.
C'est la première fois qu'une plainte est portée contre un État pour avoir permis la présence et pour avoir engagé des acteurs militaires et de sécurité privés (PMSA) sur son sol. Elle intervient au lendemain de la date anniversaire du massacre de Hombori le 19 avril 2022 et moins d'un mois après la date anniversaire du massacre de Moura en mars 2022, tous deux survenus dans le centre du Mali.
Les faits ont été commis au Mali en 2022, par les Forces armées maliennes (FAMa) et le groupe Wagner (qui désormais opère dans la région sous le nom d'"Africa corps"). La requête, déposée par TRIAL International, l’Union panafricaine des avocats (PALU) et la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), "vise à établir la responsabilité du Mali, tant pour les exactions qui auraient été commises sur son territoire que pour ne pas avoir prévenu ces violations, protégé les civils, enquêté, poursuivi et sanctionné les responsables (...)". Les trois organisations de défense des droits humains ont saisi la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP).
De nombreux civils, accusés d'avoir collaboré avec le camp adverse, sont régulièrement victimes de représailles et d'exactions de l'armée et de ses supplétifs russes, ou des djihadistes. Le groupe Wagner, qui appuyait l'État malien dans sa lutte antidjihadiste depuis 2021, avait annoncé la fin de sa mission en juin 2025, et est devenu l'Africa Corps, une organisation sous le contrôle direct du ministère de la Défense russe et composée de 70 à 80 % d’anciens membres de Wagner.
La requête des trois organisations s'appuie "sur des éléments de documentation" fournis par le Berkeley Human Rights Center et par le collectif INPACT - All Eyes on Wagner.
"Plus de 500 civils ont été tués lors de ces opérations, qui auraient été menées par les FAMa et le groupe Wagner, tandis que d'autres ont été torturés, arbitrairement détenus, violés ou victimes de disparitions forcées."TRIAL International, l’Union panafricaine des avocats (PALU) et la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH)
Ces organisations dénoncent le fait que les "violations graves commises contre les civils au Mali se poursuivent et restent largement impunies" et que "les procédures judiciaires nationales sont presque au point mort". Si cette plainte est une première, les exactions commises par les mercenaires du groupe Wagner sont bien connues. Avant leur départ annoncé en juin 2025, ces paramilitaires ont été impliqués dans des exactions ayant causé près de 3000 morts civiles depuis 2021 selon Human Rights Watch.
Le journaliste Matteo Maillard a dévoilé, pour le mensuel français Jeune Afrique, de nombreux crimes de guerre commis par ces hommes au Mali. Le journaliste suisse spécialiste du Sahel a infiltré la chaîne secrète Telegram d'un de ces soldats, Oncle Blanc. Il a découvert des scènes de violences impressionnantes, même quand pour quelqu'un qui a été confronté à des images très dures en Ukraine ou à Gaza. Là "on atteint des profondeurs de cruauté qui sont abyssales", témoigne-t-il sur notre plateau en juin 2025.
En juillet 2025, l'ONG Human Rights Watch a accusé le groupe de paramilitaires d’avoir perpétré "des dizaines d’exécutions sommaires et de disparitions forcées d’hommes de l’ethnie peule" depuis janvier. Les Peuls, accusés de grossir les rangs des groupes islamistes qui minent le Sahel, sont régulièrement pris pour cibles par les armées de la région.
Les violations graves commises contre les civils au Mali se poursuivent et restent largement impunies, soulignent TRIAL International, l’Union panafricaine des avocats et la Fédération internationale pour les droits humains, alors que les procédures judiciaires nationales sont presque au point mort. Les trois organisations estiment que la CADHP pourrait représenter l’une des rares voies restantes pour obtenir justice, notamment à la suite du retrait récent du Mali de la CEDEAO.
Commentaires (0)
Participer à la Discussion
Règles de la communauté :
💡 Astuce : Utilisez des emojis depuis votre téléphone ou le module emoji ci-dessous. Cliquez sur GIF pour ajouter un GIF animé. Collez un lien X/Twitter, TikTok ou Instagram pour l'afficher automatiquement.