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Migrants expulsés des États-Unis vers la RDC: «Je ne sais pas ce qui va se passer»

Auteur: rfi.fr

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Migrants expulsés des États-Unis vers la RDC: «Je ne sais pas ce qui va se passer»

Maria est originaire de Colombie. Pour elle, retourner dans son pays est exclu, en raison des risques qu'elle encourt. Elle avait d'ailleurs reçu, aux États-Unis, une protection juridique l'empêchant d'être renvoyée dans son pays. Mais rester en République démocratique du Congo n'est pas non plus une option. Aujourd'hui, elle se dit coincée, sous pression, et dans l'incertitude quant à son avenir.

Des migrants originaires de Colombie, du Pérou et d'Équateur expulsés des États-Unis sont arrivés à Kinshasa, en RDC. Ils sont logés depuis une semaine dans un complexe hôtelier à la sortie de la ville. © Paulina

RFI: Comment vous sentez-vous depuis que vous êtes arrivés au Congo ? Et quand avez-vous compris que ce serait votre destination ?

Maria : Je me sens dans l'incertitude, je ne sais pas ce qui va se passer. Je n'ai pas encore réalisé que je suis ici, que je ne suis plus aux États-Unis. Nous sommes encore un peu sous le choc. C'est seulement la veille de mon transfert que j'ai appris que je viendrais en République démocratique du Congo. J'étais en détention en Louisiane. J'ai demandé à ICE : « Où est-ce que c'est ? » Et ils m'ont dit : « En Afrique. » J'ai immédiatement dit que j'avais peur. Je n'avais jamais entendu parler de ce pays, je ne savais même pas quelle langue on y parlait. Non, jamais, c'est un pays totalement inconnu pour moi. Même au moment de monter dans l'avion, j'ai dit que je ne voulais pas y aller. Mais ils m'ont répondu : « On ne vous demande pas si vous voulez ou non, vous devez y aller. »

Quelle était votre situation aux États-Unis  ?

Je suis arrivée aux États-Unis en septembre 2024. J'ai été placée dans un centre de détention. Mais en 2025, j'avais obtenu une protection appelée « withholding of removal » (« suspension d'expulsion »), qui interdit à l'immigration américaine de m'expulser vers mon pays, la Colombie, en raison d'un risque de torture ou de persécution. Mais finalement, on m'a quand même expulsée vers un autre pays.

Quelles sont vos conditions de vie depuis votre arrivée à Kinshasa ?

Mon quotidien ici ressemble beaucoup à une détention : on se réveille, on assiste à des réunions, on va manger et on retourne dans nos chambres. Nous avons essayé de sortir, mais cela nous a été interdit. J'imagine que c'est pour des raisons de sécurité, mais cela nous donne l'impression que nous sommes toujours en détention, mais dans un hôtel.

C'est le personnel de l'hôtel qui ne nous laisse pas sortir. Un jour, un compagnon et moi avons essayé de sortir pour une interview avec un journaliste dans cette ville, et on nous a dit non. On a demandé : « Qui a donné l'ordre ? » Et la réception de l'hôtel a dit que c'était le gouvernement lui-même.

Mais il n'y a pas de police ni d'agents ?

Si, il y en a à l'intérieur et à l'extérieur de l'hôtel. L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) nous a aidés avec le nécessaire, comme des produits d'hygiène, de la nourriture et un logement. Certaines choses nous manquent, mais ils nous ont tout de même apporté une aide. C'est le personnel de l'OIM qui nous donne les informations et organise les activités.

Quelles informations vous a-t-on données sur votre avenir et vos possibilités pour la suite de votre parcours ?

À l'arrivée, l'OIM nous a fait une présentation. On nous a expliqué ce qu'était l'OIM et ce qui allait se passer. Ils nous ont dit qu'ils nous prendraient en charge pendant sept jours. Pendant ces sept jours, nous devons décider si nous voulons recevoir leur aide pour rentrer dans notre pays dans le cadre d'un programme de retour volontaire. Si nous acceptons, nous pouvons rester en RDC pendant trois mois avec un visa touristique. Si nous refusons, nous avons toujours le visa, mais ils ne prendront plus en charge l'hôtel, la nourriture ni le logement – les frais seront à notre charge.

Le délai se termine vendredi 24 avril. Les sept jours seront écoulés, et pour l'instant, j'attends de mieux comprendre quelles sont mes autres options. J'attends de savoir si un autre pays peut nous accueillir ou quelles garanties de sécurité la Colombie peut offrir si nous sommes obligés d'y retourner. Nous cherchons des options qui ne soient pas de rester au Congo.

Avez-vous subi des pressions pour accepter de rentrer en Colombie ?

Je pense que la pression se fait sur le plan financier. On nous dit que si on refuse, on sera laissé au Congo avec un visa de trois mois, mais sans logement, sans nourriture, sans ressources, sans langue, sans rien. Mais comment est-ce possible qu'un juge reconnaisse un risque de torture et qu'un gouvernement vous envoie ailleurs, parfois dans un endroit encore plus dangereux, tout en vous forçant à retourner là où vous êtes en danger ? C'est très difficile.

Et quelque chose de très important : nous n'avons pas de documents d'identité, pas de passeport, car ICE nous les a retirés. Sans passeport, je ne peux pas me déplacer. J'ai seulement un visa touristique sur une feuille.

La demande d'asile en RDC est-elle envisagée ?

Oui, c'est possible, mais on nous le déconseille car on nous dit que c'est un pays très dangereux.

Alma David, avocate de ces migrants aux États-Unis, dénonce cette situation

L'avocate Alma David, qui représente l'un de ces migrants aux États-Unis, dénonce cette situation. Selon elle, toutes ces personnes qui ont été envoyées en RDC avait obtenu une protection appelée le « witholding of removal » (suspension d’expulsion, en français). Pour obtenir cette protection, « un migrant doit avoir prouvé qu’il a au moins 50% de chances d’être persécuté ou torturé dans son pays d’origine », précise l’avocate, « autrement dit, ce sont des personnes pour lesquelles il est très clair qu'elles courent un réel danger si elles rentrent chez elles ». Un statut qui protège donc la personne d’être expulsée vers son pays d’origine… mais pas vers un pays tier. « En pratique, au cours des dernières décennies, cela n'est pratiquement jamais arrivé », explique-t-elle. Jusqu’à présent, avec le « withholding of removal », il était possible de vivre aux États-Unis en sécurité. Alma David a saisi par courrier l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) pour demander « une clarification », notamment sur les alternatives à un « retour volontaire assisté ». Sans réponse pour le moment, dit-elle.

Auteur: rfi.fr
Publié le: Vendredi 24 Avril 2026

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