Campement de Koumassi : le Barreau pointe de graves irrégularités dans les démolitions
L’Observatoire du Barreau de Côte d’Ivoire pour les Droits humains et la lutte contre la corruption dénonce de « graves irrégularités » dans l’opération de déguerpissement et de démolition menée le 3 juin 2026 au quartier Campement, dans la commune de Koumassi. Dans un communiqué publié le 15 juin, l’institution annonce également l’ouverture d’une permanence d’assistance juridique gratuite au profit des populations affectées.
Selon l’Observatoire, l’opération a laissé des centaines de familles sans abri après la destruction de leurs habitations, commerces et autres lieux de vie sur une superficie estimée à dix hectares. Les démolitions se sont déroulées avec l’appui des forces de l’ordre.
Au centre de la polémique se trouve un jugement contradictoire rendu le 14 avril 2025 dans le litige opposant Alloui Brou Jacques à Gana Ousmane et neuf autres personnes. Se présentant comme opérateur économique et ancien adjoint au maire de Koumassi, M. Alloui Brou Jacques a publiquement indiqué avoir agi sur la base de cette décision judiciaire.
Toutefois, les avocats relèvent que le jugement ne concernait que six personnes expressément désignées, l’action ayant été déclarée irrecevable à l’encontre de trois autres défendeurs. Mieux, la décision ordonnait un déguerpissement et non des démolitions à grande échelle.
Pour l’Observatoire, l’exécution du jugement a largement outrepassé son cadre légal en touchant des centaines de personnes qui n’étaient ni parties à la procédure ni visées par la décision de justice.
« On n’exécute pas une décision de justice contre des tiers », rappelle l’institution, invoquant le principe de l’effet relatif de l’autorité de la chose jugée. Elle souligne également que la grosse du jugement brandie pour justifier l’opération n’autorisait pas les destructions constatées, une position déjà soutenue par le Procureur de la République dans un communiqué en date du 10 juin 2026.
L’Observatoire s’interroge par ailleurs sur les conditions de l’intervention des forces de sécurité. Il rappelle que la circulaire n°002/MJDH/CAB du 27 juin 2022 du ministre de la Justice subordonne le recours à la force publique à une réquisition du Procureur général. Or, selon les informations recueillies ainsi que les précisions du Parquet, aucune réquisition n’aurait été délivrée, malgré la présence d’importants effectifs sécuritaires sur les lieux.
Les avocats estiment également que le droit de propriété, consacré par l’article 15 de la Constitution ivoirienne, a été méconnu. Ils soulignent que les populations concernées n’ont bénéficié ni d’une procédure d’expropriation pour cause d’utilité publique ni d’une indemnisation préalable.
Prenant acte de l’enquête ouverte par le Procureur de la République, l’Observatoire appelle à des investigations approfondies afin d’établir toutes les responsabilités dans cette affaire. Il souhaite également que les conclusions et l’évolution de la procédure soient régulièrement portées à la connaissance du public.
Dans un élan de solidarité envers les populations sinistrées, l’Observatoire du Barreau annonce l’ouverture, à compter du 19 juin 2026, d’une permanence juridique gratuite à la Maison de l’Avocat, à Cocody-II Plateaux. Des avocats bénévoles y recevront les victimes pour les informer sur les recours envisageables et les accompagner dans la défense de leurs droits.
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