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Le Sénégal durcit drastiquement sa répression de l'homosexualité : Le Président Faye promulgue la loi du "10 ans ferme"

Auteur: Ivoirematin

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Le Sénégal durcit drastiquement sa répression de l'homosexualité : Le Président Faye promulgue la loi du "10 ans ferme"

C’est un tournant conservateur majeur pour la République du Sénégal. Le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a promulgué ce mardi 31 mars 2026 la loi renforçant considérablement les sanctions pénales contre l’homosexualité et les identités LGBTQIA+. Ce texte, adopté à la quasi-unanimité par l'Assemblée nationale à la mi-mars, double le minimum des peines d'emprisonnement, portant désormais la sentence maximale à dix ans ferme. Cette décision concrétise une promesse de campagne du parti au pouvoir, mais suscite une vive onde de choc au sein des organisations internationales de défense des droits humains.

Une Répression Doublée et Étendue

La nouvelle législation modifie en profondeur l’article 319-3 du Code pénal, un héritage de 1966. L’ancien texte sanctionnait les « actes contre nature » d’une peine d’un à cinq ans d’emprisonnement. La nouvelle loi supprime cette formulation jugée ambiguë pour nommer explicitement les relations homosexuelles et porte les peines à une fourchette obligatoire de 5 à 10 ans de prison.

Le volet financier n'est pas en reste : les amendes potentielles ont explosé, passant de 1,5 million à 10 millions de francs CFA (environ 15 200 euros).

Mais la mesure la plus redoutée par les activistes concerne l’interdiction de « l’apologie, la promotion, le soutien ou le financement » de l'homosexualité, de la bisexualité ou de la transidentité, sous peine de 3 à 7 ans de détention. Cette disposition fait peser une menace directe sur les ONG, les journalistes et les travailleurs de la santé intervenant auprès de ces communautés, notamment dans le cadre de la lutte contre le VIH/Sida.

Un Climat de Tension Sociale et Religieuse

Cette promulgation intervient dans un climat social lourd au Sénégal, pays majoritairement musulman où la pratique de l'homosexualité est un tabou culturel absolu. Le vote à l'Assemblée (135 voix pour, 0 contre) reflète l'influence grandissante de collectifs religieux et de la société civile, à l'instar du collectif And Samm Jikko Yi (Ensemble pour la Sauvegarde des Valeurs), qui faisaient pression depuis des années pour une pénalisation plus explicite.

Ces dernières semaines ont été marquées par une augmentation des arrestations et des dénonciations dans plusieurs régions du pays, exacerbant la vulnérabilité des communautés marginalisées. Les dispositions de la loi imposant au juge de ne pas accorder de sursis et de ne pas descendre en dessous du minimum légal renforcent la perception d'une justice « implacable ».

Le Grand Écart de Diomaye Faye

Pour le Président Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, cette signature est une victoire politique interne. Lors de la campagne électorale de 2024, le camp PASTEF (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité) avait fermement ancré son discours sur la "protection des valeurs traditionnelles et religieuses" contre les influences perçues comme occidentales. La promulgation de la loi est donc la matérialisation d'un engagement pris devant leur électorat.

Cependant, ce choix place le chef de l'État dans une position diplomatique délicate. L'ONU, par la voix du Haut-Commissaire aux droits de l'homme, ainsi que des organisations majeures comme Amnesty International et la FIDH, avaient solennellement demandé au Président de ne pas signer ce texte, le jugeant discriminatoire et contraire aux traités internationaux ratifiés par le Sénégal.

Inquiétudes pour les Droits et la Santé Publique

Les conséquences de cette loi sont redoutées sur deux fronts. D'une part, les organisations de défense des droits craignent une chasse aux sorcières, une augmentation des violences homophobes et un exil massif des personnes LGBTQIA+ sénégalaises. D'autre part, les acteurs de la santé publique avertissent que ce durcissement risque de briser la chaîne de prévention et de traitement du VIH en poussant les populations à risque dans une clandestinité totale, compromettant ainsi les progrès réalisés dans la lutte contre l’épidémie.

La loi contient cependant une disposition controversée sur les « dénonciations abusives faites de mauvaise foi », tentant d'introduire un garde-fou. Mais pour de nombreux observateurs, le mal est fait : l'État sénégalais a choisi son camp dans la bataille des valeurs, au détriment d'une vision universelle des droits de l'homme.

Auteur: Ivoirematin
Publié le: Mardi 31 Mars 2026

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