Mozambique : Un rapport étouffé de l'ONU révèle l'ampleur des violences sexuelles au Cabo Delgado
Dans le cadre de l’enquête internationale « Mozambique Exposed » menée par le consortium Forbidden Stories (auquel a collaboré RFI), un document confidentiel de l'ONU lève le voile sur le calvaire des femmes dans la province du Cabo Delgado. Rédigé en 2024 par l’UNFPA (Fonds des Nations unies pour la population) et intitulé « Les voix du Mozambique », ce rapport est resté sous clé. L'agence onusienne évoque des motifs de « qualité » et un manque de « priorité » pour justifier sa non-publication, bien que la méthodologie utilisée soit identique à celle de rapports publiés dans d'autres pays en crise.
Pourtant, le constat dressé par les enquêteurs après avoir interrogé plus d'une centaine de personnes est sans appel : depuis le déclenchement du conflit en 2017, la région subit une explosion de violences sexuelles généralisées.
Le Cabo Delgado, territoire extrêmement riche en gaz, lithium et pierres précieuses, est pris en étau entre la brutalité des insurgés djihadistes et la réponse implacable de l'armée régulière. Dans les deux camps, les femmes paient le prix fort.
Pour les milliers de femmes et d'adolescentes enlevées par le groupe terroriste des Shebabs, le quotidien se résume aux travaux forcés et à l'esclavage sexuel.
Le rapport brise un tabou majeur : les Forces armées mozambicaines (FADM) se rendent elles-mêmes coupables de graves abus de pouvoir et de violences sexuelles.
La guerre a jeté des milliers de familles sur les routes. À Pemba ou Palma, la perte des moyens de subsistance pousse de nombreuses femmes — et un nombre alarmant de mineures — vers la prostitution de survie.
Le mirage du gaz naturel En 2012, un gisement gazier colossal a été découvert au large de Palma. Si le projet majeur mené par TotalEnergies a été gelé en raison de l'insécurité, l'économie locale reste marquée par de fausses promesses. Des hommes d'affaires mozambicains, extérieurs à la région, profitent de la détresse ambiante en promettant des emplois aux femmes en échange de relations sexuelles. Un travail qui ne vient jamais.
La non-publication de ce rapport survient alors que la situation sécuritaire s'est considérablement dégradée en 2024. Le retrait des troupes régionales de la SADC (Mission de l'Afrique australe) a laissé un vide, entraînant une hausse de 36 % des attaques meurtrières en un an, selon l'organisation ACLED.
Derrière les données statistiques se cachent des tragédies humaines permanentes, à l'image d'Olessa Ibrahimou, une mère de 41 ans réfugiée à Pemba. Lors de l'attaque de son village en 2021, elle a été épargnée en raison de sa grossesse, mais ses deux filles, alors âgées de 15 et 17 ans, ont été emmenées par les assaillants. Elle ne les a jamais revues.
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