À Taboth, l’impact de la centrale thermique d’Atinkou asphyxie l’économie des femmes
Réunies lors d’un forum citoyen à Jacqueville, les habitantes du village de Taboth ont tiré la sonnette d'alarme. L'implantation de la centrale thermique d'Atinkou paralyse leurs activités économiques et dégrade leurs conditions de vie. Face à cette situation, elles exigent le respect immédiat des engagements socio-économiques pris au lancement du projet.
Pour de nombreuses femmes de Taboth, le quotidien est devenu un combat financier. Hélène Tété, présidente d’un groupement local, confie ne plus pouvoir produire d’attiéké depuis cinq mois. En cause : l'état du site de production depuis le début des travaux.
« Cela fait cinq mois que nous ne travaillons plus. (...) Nous avons l’impression que cette centrale a été installée pour nous nuire plutôt que pour améliorer notre quotidien », déplore la présidente de l’Association des femmes de Taboth.
Portée par Atinkou SA (filiale du groupe Eranove) et financée en partie par la Banque africaine de développement (BAD), la centrale à cycle combiné de 390 MW représente un investissement de 404 millions d’euros (plus de 260 milliards de FCFA). Si elle doit alimenter plus d'un million de ménages ivoiriens, les retombées locales se font attendre.
Le Plan d’action de réinstallation (PAR) et le programme de responsabilité sociétale (RSE) prévoyaient pourtant des compensations claires :
La réalité du terrain dénoncée par les habitantes :
Face à cette crise, la Coalition ivoirienne des défenseurs des droits humains (CIDDH) et l'ONG Synergie pour le Développement (SynDev) ont organisé un espace d'échange. Ce forum s'inscrit dans le projet « Amplifier la voix des femmes affectées par les projets financés par la BAD en Afrique de l’Ouest ».
Marthe Coulibaly, coordonnatrice nationale de la CIDDH, a réaffirmé son engagement à porter ces revendications auprès des autorités et des bailleurs afin de finaliser les infrastructures promises.
Présent lors de la rencontre, Gervais Ouattara, secrétaire général de la préfecture de Jacqueville, a rappelé un principe fondamental :
« Un développement durable ne peut être pleinement réussi que lorsqu’il est construit avec les populations et non seulement pour les populations. »
Le forum s'est clôturé par la rédaction d'un mémorandum officiel. Ce document servira de base de négociation entre les communautés locales, l'État, la BAD et le promoteur Eranove pour minimiser les impacts environnementaux (notamment les rejets d'eau en lagune et les émissions atmosphériques) et réparer le tissu social.
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