Hausse de la xénophobie en Afrique du Sud : qui orchestre les manifestations anti-migrants ?
Le mardi 30 juin, des milliers de Sud-Africains sont descendus dans les rues des grandes métropoles du pays (Johannesburg, Pretoria, Durban) pour protester contre l'immigration illégale. Si l’Afrique du Sud est en proie à des vagues de violences xénophobes depuis plus de deux décennies — la plus meurtrière ayant fait une soixantaine de morts en 2008 —, la mobilisation actuelle se distingue par un niveau d'organisation et de structuration inédit. Les collectifs anti-migrants ont d'ailleurs lancé un ultimatum exigeant le départ immédiat des étrangers en situation irrégulière.
Derrière ces mobilisations d'envergure nationale se cachent plusieurs structures de la société civile, aujourd'hui muées en acteurs politiques :
Officiellement, ces organisations focalisent leurs critiques sur l'immigration clandestine. Sur une population de 60 millions d'habitants, l'Afrique du Sud compte environ 3 millions d'étrangers, venus principalement des pays limitrophes (Zimbabwe, Mozambique, Malawi).
Cependant, selon Cécile Perrot, chercheuse à l'université de Rennes II, les chiffres réels font l'objet de fantasmes et d'estimations abusives allant de 4 à 15 millions d'individus. Les accusations selon lesquelles les migrants « voleraient » les emplois locaux ou s'accapareraient les aides sociales s'avèrent infondées. En réalité, ces populations occupent majoritairement des emplois précaires dans le secteur informel (petits commerces, services à la personne). De plus, sur le terrain, les militants agressent les étrangers de manière indiscriminée, sans distinction de statut légal.
Loin d'être de simples rassemblements spontanés de citoyens précaires, ces mouvements disposent de ressources financières considérables permettant de financer des bus, des t-shirts de propagande, des campagnes télévisées et des conférences de presse. Bien qu'ils affichent des campagnes de dons en ligne, les experts pointent du doigt des sources de financement bien plus institutionnelles.
Loren Landau, chercheur à l'université de Wits, affirme que ces structures bénéficient d'appuis financiers extérieurs dissimulés. Plusieurs formations politiques majeures ont affiché publiquement leur soutien à ces manifestations :
Les vagues de violences xénophobes en Afrique du Sud ont rarement été fortuites. Si elles étaient autrefois orchestrées par des leaders locaux pour asseoir leur influence dans les quartiers, ce phénomène s'est désormais transposé à l'échelle nationale.
Pour les spécialistes, le calendrier de cette soudaine ferveur anti-migrants n'a rien du hasard. À l'approche des élections municipales de novembre 2026, ces organisations utilisent la peur de l'étranger pour se positionner sur l'échiquier politique. Comme le souligne la chercheuse Liesl Low Vaudran, la question migratoire reste un levier de mobilisation électorale extrêmement efficace en Afrique du Sud. Sans proposer de réelles solutions de fond, ces mouvements font la démonstration de leur force populaire dans la rue afin de faire pression sur le gouvernement et négocier du pouvoir politique.
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