Dans le Cavally, le riz ouvre aux femmes le chemin de l’autonomie économique
Le jour se lève à peine sur les plaines humides de Guiglo, dans la région du Cavally. Dans la fraîcheur du matin, des groupes de femmes s'avancent en file indienne dans les rizières. Armées de faucilles, elles coupent méthodiquement les épis dorés au rythme de chants traditionnels. Pour ces productrices, le riz a dépassé le simple statut de culture de subsistance : il est devenu un puissant levier d'émancipation financière et un moteur de transformation sociale.
Sous un soleil de plus en plus ardent, les femmes s'activent à récolter, rassembler et sécher les gerbes. Au cœur de cette dynamique se trouve l’association CHIGATA, un groupement de femmes de l'ethnie Sénoufo établies dans la région. Initialement pensée comme un réseau d'entraide, l'organisation s'est muée en un véritable outil de développement économique.
« Chaque récolte est une victoire », confie Koné Katchia, présidente de CHIGATA. « Aujourd’hui, lorsque nous voyons les sacs de riz s’accumuler, nous savons que nous pourrons nourrir nos familles et faire face à de nombreuses dépenses. »
Les revenus générés par la vente du riz modifient profondément le quotidien des ménages :
Cette transition d'une agriculture de subsistance vers une filière structurée repose sur un soutien institutionnel majeur. Le conseil régional du Cavally déploie actuellement le projet ECOTER (Projet d’appui au développement économique et écologique des territoires ruraux). Ce programme bénéficie d'un financement de l’Agence française de développement (AFD) via le Contrat de désendettement et de développement (C2D).
Le docteur Ouattara Djamantigui, directeur du Développement au conseil régional, souligne le potentiel de la zone : sols fertiles, vastes bas-fonds et climat favorable. L'objectif est clair : faire du Cavally un bassin de production rizicole compétitif pour éradiquer la pauvreté.
L'impact sur le terrain est concret, comme en témoigne la coopérative départementale des riziculteurs de Guiglo à Yaoudé. Grâce à une subvention de 5 millions de FCFA reçue en 2022, la coopérative a pu :
Avec une production moyenne de 78 022,5 tonnes de riz paddy par an (selon l'ADERIZ), le Cavally pèse lourd dans l'économie agricole régionale. Pourtant, la marge de progression reste immense.
Alors que la Côte d’Ivoire dépend encore fortement des importations pour satisfaire sa demande nationale en riz, le Cavally possède les atouts pour réduire cette dépendance. Pour libérer pleinement ce potentiel, les acteurs du secteur identifient plusieurs leviers essentiels :
Malgré ces défis logistiques et financiers, l’optimisme prévaut dans les rizières de Guiglo. À la tombée de la nuit, les chants reprennent. Pour ces femmes, la réussite d'une saison ne se calcule pas seulement en tonnes de riz, mais en perspectives d'avenir : des enfants scolarisés, une santé préservée et une liberté chèrement conquise. En nourrissant la Côte d'Ivoire, les femmes du Cavally cultivent leur propre avenir.
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