Le Calvaire de l’Axe Daleu–Danané, 42 km entre Oubli et Tragédie
Entre routes impraticables, insécurité grandissante et économie à l'agonie, les populations du canton Gouroussé tirent la sonnette d'alarme. Reportage sur un axe stratégique devenu le symbole d'un enclavement mortel.
Dans l’ouest montagneux de la Côte d’Ivoire, relier la sous-préfecture de Daleu à la ville de Danané n'est plus un voyage, c'est un acte de bravoure. Ces 42 kilomètres de piste défoncée constituent l'unique artère pour plus de dix villages (Trokoulimpleu, Sioba, Doueleu, etc.), abritant chacun entre 2 000 et 5 000 habitants.
Pourtant, cette zone est un poumon économique : on y produit du café, du cacao et des vivriers en quantité. Mais aujourd'hui, ce moteur tourne à vide, étouffé par une infrastructure en ruines.
Le coût humain de cet isolement est insupportable. En l'absence de centres de santé et de collèges de proximité, les urgences se transforment souvent en drames.
« Certaines meurent en chemin », témoigne avec amertume Gogbeu Célestine, porte-parole des femmes de Sioba.
Sans ambulance ni route carrossable, les femmes enceintes sont évacuées à moto. Secouées par les ornières, exposées à la poussière et à la boue, nombre d’entre elles n’atteignent jamais l’hôpital de Danané. Pour ces populations, ce n'est pas une fatalité, mais une injustice flagrante.
Si la route précède le développement, ici, le progrès a fait demi-tour. Le constat dressé lors de la tournée de Guillaume Gbato, nouveau député de la circonscription, est alarmant :
L'élection de Guillaume Gbato a ravivé une lueur d'espoir. Pour la première fois depuis longtemps, un élu vient écouter et constater les faits. Mais l'urgence ne se contente plus de promesses.
« Nous ne demandons pas la lune. Un reprofilage lourd pourrait déjà nous sauver. Nous sommes aussi des Ivoiriens ! » clame le chef de Doueleu.
Alain Tokpa, un jeune leader local surnommé "l'Intello", résume la situation avec gravité : chaque jour d'inaction est une mise en danger délibérée de la vie d'autrui.
Le message est clair : le gouvernement et le Chef de l'État doivent agir avant que ces 42 km d'enfer ne coupent définitivement une partie de la Côte d'Ivoire du reste de la nation.
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