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La France prive les étudiants étrangers et non-boursiers d’aide au logement

Auteur: rfi.fr

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La France prive les étudiants étrangers et non-boursiers d’aide au logement

⚡ Résumé express généré par IA, vérifié par la rédaction
- À partir du 1er juillet 2025, les étudiants non-européens et non-boursiers en France sont privés d’aide au logement (APL), une mesure adoptée dans la loi de finances 2026 et validée par le Conseil constitutionnel. - La suppression des APL pourrait affecter une part importante des 300 000 étudiants extracommunautaires, déjà fragilisés par la hausse des frais d’inscription universitaire (2 895 € en licence, 3 941 € en master). - Le gouvernement justifie cette mesure par des économies de 200 millions d’euros et des accords de réciprocité, tandis que les syndicats étudiants dénoncent une politique « discriminatoire » et une « préférence nationale ».
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À partir de mercredi 1er juillet, les étudiants non-européens et non-boursiers établis en France sont privés d’aide au logement (APL). La mesure avait été adoptée par les députés dans le cadre de la loi de finances pour 2026, puis validée par le Conseil constitutionnel en février dernier. 

Depuis trois ans, Kadiatou Sylla touchait tous les mois 140 euros d'Aides personnalisées au logement (APL). Ce coup de pouce précieux permettait à cette étudiante guinéenne, en première année de master Économie sociale et solidaire à l’université du Mans, de ne pas se soucier du risque d’impayé. « Cela me permet de financer une partie de mon loyer qui est de 360 euros par mois et d’avoir la conscience tranquille. Si on nous supprime la seule aide qui nous permet de respirer, ce sera la catastrophe », soupire l’étudiante.

Kadiatou Sylla n’a désormais plus droit à cette subvention comme tous les étudiants extracommunautaires – c’est-à-dire non-européens - et non-boursiers. L’aide au logement était jusqu’ici l’une des seules ressources à laquelle pouvaient prétendre tous les étudiants, quelle que soit leur nationalité. La mesure, votée en février dernier dans le cadre du projet de loi de finances pour l’année 2026, est entrée en vigueur le 1er juillet, trois jours après sa publication au Journal officiel.

Difficile d’évaluer avec précision le nombre d’étudiants pénalisés par la mesure. Mais elle pourrait affecter une part importante des 300 000 extra-communautaires accueillis dans les écoles et les universités françaises. Raison principale : l’écrasante majorité ne sont pas boursiers. « Beaucoup ne font pas de demande d’aide au logement, soit parce qu’ils ne savent pas qu’ils y ont le droit, soit parce que les critères sont trop restrictifs », explique Eléonore Schmitt, chargée de plaidoyer à la Fondation pour le logement, qui rappelle que les étudiants étrangers doivent justifier de deux années de résidence fiscale en France pour obtenir ce droit.

Inquiétude pour la rentrée

La suppression des APL n’est pas le premier coup de rabot visant les étudiants extra-communautaires. Ceux-ci sont déjà fragilisés par la hausse des frais d’inscription à l’université que le ministre de l’Enseignement supérieur entend bien faire respecter à la rentrée prochaine, malgré les réticences de certains établissements. Les non-Européens doivent s’acquitter de frais de scolarité 16 fois plus élevés que ceux des étudiants français et européens, soit 2 895 euros pour une année de licence et 3 941 euros pour une année de master.

L’addition de ces deux mesures n’est pas de nature à rassurer Eléonore Schmitt : « Nous craignons une multiplication des cas de sans-abrisme, des étudiants étrangers qui pourraient être davantage victimes de marchands de sommeil avec des appartements indignes. Malgré nos alertes, le gouvernement n’a pas pris la mesure des conséquences que cette politique allait avoir ».

 le 29 juin, le ministre du Logement Vincent Jeanbrun a justifié la mesure en invoquant « des accords de réciprocité » : quand les étudiants français étudient dans un pays qui leur donne accès aux aides au logement, les étudiants de ce pays en bénéficient aussi en France. Mais ce type de convention existe surtout entre pays européens, moins avec des pays extra-communautaires.

Les syndicats critiquent une « préférence nationale » digne de l'extrême droite

La volonté du gouvernement français est aussi et surtout de mieux cibler les aides publiques afin de réaliser des économies. Selon Vincent Jeanbrun, la suppression des APL pour les non-Européens et non-boursiers pourrait rapporter 200 millions d’euros « en année pleine » à l’État français.

Les syndicats étudiants, de leur côté, dénoncent une politique « discriminatoire », un pas de plus vers le concept de « préférence nationale » cher à l’extrême droite qui défend, sinon la suppression, au moins une restriction dans l’accès des étudiants étrangers aux aides pour se loger. « C’est en quelque sorte donner des gages aux revendications de l’extrême droite, qui arrive à les imposer depuis un certain nombre d'années, et désormais jusque dans un gouvernement qui ne se considère pas comme d’extrême-droite », s’indigne Manon Moret, secrétaire générale du syndicat étudiant Unef.

Mais au-delà du crédit apporté à une disposition plébiscitée par l’extrême droite, le fond de la mesure interroge aussi cette syndicaliste. Et notamment l'exception accordée aux étudiants en alternance ou qui exercent une activité professionnelle : ceux-ci peuvent toujours bénéficier des APL. « C’est paradoxal, puisque les étudiants étrangers n’ont pas le droit de travailler autant que les étudiants français, c’est limité à 60 % du temps de travail légal. Par ailleurs, on pousse les étudiants étrangers à travailler pendant leurs études, alors que cela reste la première cause d’échec à l’université », rappelle Manon Moret.

De fait, de plus en plus d’étudiants étrangers pourraient faire le choix de travailler en se salariant pour continuer à percevoir l’aide au logement ou en enchaînant les petits boulots pour compenser la suppression des APL. « La plupart des étudiants comptent sur l’été pour travailler, confirme Kadiatou Sylla, l’étudiante guinéenne. De cette façon, on sera sûr de pouvoir payer le loyer des trois premiers mois de la rentrée scolaire, de septembre à novembre ». 

Mais passé le mois de novembre, Kadiatou Sylla dit ne pas savoir comment elle va s’en sortir. L’option pourrait être de travailler, de basculer en colocation pour payer moins cher son loyer ou de solliciter l’aide des Centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires (Crous). « Je ne sais pas de quoi l’avenir sera fait », souffle-t-elle, l’incertitude pour seul horizon.

Auteur: rfi.fr
Publié le: Mercredi 01 Juillet 2026

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