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Reconnaissance faciale et IA: aux États-Unis, l’ICE est dotée d’un puissant arsenal de surveillance

Auteur: rfi.fr

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Reconnaissance faciale et IA: aux États-Unis, l’ICE est dotée d’un puissant arsenal de surveillance

« Une femme portant un masque de type cache-cou s'est penchée par la fenêtre passager avant du SUV. Elle a crié : "Emily, Emily, on va te ramener chez toi." Elle a ensuite répété mon nom et affirmé qu'ils allaient me ramener. Puis elle a donné mon adresse. D'un ton moqueur, elle a répété qu'ils allaient m'escorter jusqu'à chez moi ». Ce témoignage, recueilli dans le cadre d’une plainte contre la police de l’immigration américaine, est celui d’Emily Bells, une Américaine de 44 ans habitant à Minneapolis.

Une situation similaire a été racontée au New York Times par Nicole Cleland, une habitante du Minnesota et bénévole au sein d'un groupe de surveillance local qui observe l'activité des agents d'immigration. « L'agent s'est approché de la voiture de Mme Cleland et l'a surprise en l'appelant Nicole. "Il a dit qu’il disposait d’un système de reconnaissance faciale et que sa caméra corporelle était allumée", a déclaré Mme Cleland, 56 ans, qui n’avait jamais rencontré l’agent auparavant », écrit le quotidien.

Comme plusieurs Américains, ces témoignages racontent comment l’ICE utilise la reconnaissance faciale, la surveillance des médias sociaux et d'autres outils technologiques pour identifier les immigrants sans papiers mais aussi pour suivre les manifestants anti-ICE. Sur les réseaux sociaux ou les agences de presse, des vidéos et images circulent, montrant des agents de la police de l'immigration sortir leur téléphone et photographier des personnes dans la rue ou lors de contrôles routiers.

Grâce à l’application Mobile Fortify, il suffit d’un clic aux policiers fédéraux pour scanner le visage d’une personne et obtenir de nombreuses informations telles que son nom, son adresse et son statut administratif. Cette technologie, au départ créée pour les agents de la police aux frontières, qui opèrent généralement dans un rayon de 160 kilomètres de la frontière sud, où la loi régit différemment les contrôles et les fouilles par rapport au reste du pays, se répand et inquiète les défenseurs des droits.

Un agent fédéral utilise une application de reconnaissance faciale lors d'un contrôle routier sur une personne le mardi 27 janvier 2026 à Minneapolis.

Un agent fédéral utilise une application de reconnaissance faciale lors d'un contrôle routier sur une personne le mardi 27 janvier 2026 à Minneapolis. AP - Adam Gray

Outre au Minnesota, des actions en justice ont aussi été menées par l’État de l’Illinois et la ville de Chicago. Selon la plainte consultée par RFI, qui estime que l'ICE a « outrepassé ses pouvoirs » et demande à la justice l'arrêt de ces pratiques par la police de l'immigration, le département américain de la Sécurité intérieure a utilisé le système Mobile Fortify pour scanner les visages et les empreintes digitales plus de 100 000 fois dans cet État. La plainte cite plusieurs exemples où des agents fédéraux auraient pris des photos ou scanné des citoyens américains dans tout l'Illinois sans leur consentement.

Un projet de loi, baptisé « ICE Out of Our Faces Act » , vise à mettre un terme à ce que ces sénateurs qualifient de « système de surveillance biométrique sans limites claires ni contrôle démocratique ». « Depuis des années, je tire la sonnette d'alarme concernant les dangers d'un État de surveillance national fondé sur la technologie de reconnaissance faciale. Aujourd'hui, nous voyons les agents fédéraux de Trump, agissant en toute impunité, déployer cette technologie dans nos rues à travers le pays, tandis qu'il tente de renforcer son emprise autoritaire », a déclaré le sénateur Merkley lors de la présentation du projet de loi.

Le département de la Sécurité intérieure (DHS) a déclaré dans un communiqué que Mobile Fortify ne violait aucun droit constitutionnel et ne compromettait pas la vie privée. « L'application fonctionne avec un seuil de correspondance volontairement élevé et n'interroge que des ensembles de données d'immigration limités du CBP. Elle n'accède pas à des ressources en accès libre, n'exploite pas les réseaux sociaux et ne s'appuie pas sur des données publiques », a précisé un porte-parole.

« L'une des machines de surveillance intérieure les plus vastes et les plus complètes de l'histoire »

Cet outil de reconnaissance faciale n’est que la partie émargée d'un vaste système de surveillance utilisé par l’ICE. Depuis que Donald Trump a fait de cette police le bras armé de sa politique migratoire, son budget a explosé, atteignant 28 milliards de dollars. L’ICE en a profité pour s’orienter vers tous types d’aides technologiques faisant d’elle, « l'une des machines de surveillance intérieure les plus vastes et les plus complètes de l'histoire », estime Cooper Quintin, expert en technologies à l'Electronic Frontier Foundation, une ONG internationale de protection des libertés sur internet basée à San Francisco, Californie..

Selon les bases de données publiques du gouvernement américain, la police de l’immigration s’est dotée de nombreux services de pointe afin de pénétrer dans des téléphones portables ou surveiller les réseaux sociaux à l’aide de l’intelligence artificielle. Elle utilise notamment deux applications : Webloc et Tangles. L'une permet à l'ICE de collecter les données de géolocalisation de millions de téléphone tandis que l'autre analyse les réseaux sociaux, permettant de constituer un dossier sur toute personne possédant un profil public sur internet.

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l'ICE a également, en 2025, renouvelé des contrats de plusieurs millions de dollars avec les sociétés Cellebrite et Paragon, ce qui permet à l'ICE de déverrouiller les téléphones et d'en extraire l'intégralité des données , y compris les applications, l'historique de localisation, les photos, les notes, l'historique des appels, les SMS et même les messages Signal et WhatsApp. Enfin, selon les informations du New York Times vendredi 13 février, l’ICE a envoyé des centaines d’assignations à comparaitre à Google, Meta et d'autres entreprises afin d’obtenir des informations sur les identités derrières les comptes anonymes critiques de la police de l’immigration. « Nous nous efforçons de créer une base de données des personnes arrêtées pour entrave à la justice, obstruction et agression », a déclaré Tom Homan, responsable de la sécurité des frontières à la Maison-Blanche sur Fox News.

Un homme est conduit dans une voiture après avoir été arrêté par des agents de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) lors d'une descente de police

Un homme est conduit dans une voiture après avoir été arrêté par des agents de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) lors d'une descente de police. REUTERS - Leah Millis

Une fois toutes ces données recueillies, elles sont combinées avec les bases de données de nombreuses agences gouvernementales et viennent nourrir un monstre : ImmigrationOS. Ce système colossal, développé par la société Palantir va traiter avec l’intelligence artificielle ces milliards de données et ainsi proposer à l’ICE « une gestion de bout en bout des dossiers, de l’identification à l’expulsion, axée sur l’efficacité des expulsions », dénonce Amnesty International dans un rapport. « Le véritable cauchemar que représente Palantir pour les libertés individuelles est qu'elle permet aux gouvernements de relier des données qui n'auraient jamais dû l'être », estime de son côté Cooper Quintin.

Interrogé sur les méthodes utilisées par les agents de l'immigration à Minneapolis, une porte-parole du DHS a déclaré que « depuis des années », les forces de l'ordre tiraient parti des innovations technologiques pour lutter contre la criminalité. Et d’ajouter : « L'ICE ne fait pas exception ». De son côté, Catherine Ahlin-Halverson, avocate de l'ACLU, ONG partie civile dans la plainte collective du Minnesota, estime que « les pratiques de l'ICE et du CBP sont à la fois illégales et moralement répréhensibles ».

Auteur: rfi.fr
Publié le: Mardi 17 Février 2026

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