Brésil: Washington classe deux groupes criminels comme «organisations terroristes», Lula dénonce une atteinte à la «souveraineté»
Les États-Unis ont classé jeudi 28 mai deux factions criminelles brésiliennes, le Comando Vermelho (CV) et le Primeiro Comando da Capital (PCC), comme « organisations terroristes étrangères », passant outre l’opposition du gouvernement brésilien. Washington interdit ainsi l’accès au territoire américain aux membres de ces groupes ainsi que toute transaction financière. La mesure sera effective à compter du 5 juin. Cette décision a suscité la colère du président brésilien, qui y voit une atteinte à la « souveraineté » du pays, et qui pourrait, potentiellement, ouvrir la voie à des poursuites, voire à une intervention militaire.
« Nous n'acceptons pas d'être traités comme des gamins, nous n'acceptons pas d'être traités comme si nous étions une république de pacotille », a tonné Luiz Inacio Lula da Silva, visiblement furieux, lors d'une cérémonie officielle dans l'État de Sergipe, dans le nord-est du pays. « Ne jouez pas avec la souveraineté de ce pays. Ne jouez pas avec notre démocratie », a insisté le président brésilien de gauche, qui doit briguer à 80 ans un quatrième mandat lors de la présidentielle d'octobre.
L'enjeu est de taille, la lutte contre l'insécurité et le crime organisé étant une des principales préoccupations des électeurs brésiliens en vue du scrutin d'octobre. Dans un communiqué publié vendredi, le gouvernement brésilien a déploré que « des mesures unilatérales » comme celle prise par les États-Unis « représentent un possible retour en arrière dans la lutte contre la criminalité, un risque pour la vie humaine et un préjudice économique pour le pays ».
Issus du milieu carcéral, ces groupes criminels ont notamment fait fortune dans le trafic de cocaïne, le PCC s'alliant notamment à la mafia calabraise 'Ndrangheta, pour envoyer de la drogue produite en Amérique du Sud vers l'Europe depuis des ports brésiliens.
Deux semaines plus tôt, le sénateur Flavio Bolsonaro, le fils aîné de l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro – actuellement incarcéré après une chute en disgrâce liée à une tentative de coup d’État en 2023 –, candidat à la présidentielle contre Lula en octobre, avait appelé à une telle décision lors d'une rencontre à la Maison Blanche. « Pendant que Lula se mettait à genoux devant Trump pour faire du lobbying en faveur du CV et du PCC, moi je suis allé travailler à ce qu'ils soient traités comme des terroristes, ce qu'ils sont », a tancé Flavio Bolsonaro sur Instagram jeudi soir.
Le président de gauche l'a accusé vendredi « de trahir notre patrie en se rendant aux États-Unis pour implorer une intervention américaine au Brésil ».
Ces groupes « comptent parmi les organisations criminelles les plus violentes du Brésil », a affirmé le secrétaire d’État américain Marco Rubio dans un communiqué. « À eux deux, ils comptent des milliers de membres et ont orchestré des attaques brutales contre des policiers, des fonctionnaires et des civils brésiliens », a-t-on ajouté de même source, précisant que leur influence s’étend « bien au-delà des frontières du Brésil, à travers notre région et jusqu’à notre pays ».
Pour Vinicius Rodrigues Vieira, professeur à la fondation Getulio Vargas, cette décision ouvre la voie à un risque d'ingérence américaine. « C'est très inquiétant car cette décision ouvre la porte à une intervention [des États-Unis, NDLR] dans des domaines qui relèvent de la compétence du gouvernement brésilien. Lors de sa dernière visite à Washington, Lula avait proposé au président Donald Trump une coopération mutuelle », estime le spécialiste des relations internationales, joint par Paola Ariza de la rédaction en espagnol de RFI.
Mais cette décision (ce classement) pourrait permettre une intervention [états-unienne, NDLR], y compris militaire, ou des sanctions contre le système financier brésilien au nom de la lutte contre ces groupes criminels. C'est donc préoccupant, non seulement dans le contexte des élections qui approchent, mais aussi pour le Brésil sur la scène internationale. Le pays, qui est une puissance régionale, est forcé de s'adapter à cette nouvelle réalité, celle de la doctrine "Donroe" , nouvelle version de la doctrine Monroe en Amérique latine.
Washington mène depuis plusieurs mois une campagne de frappes dans le Pacifique et les Caraïbes contre des navires présentés comme participant à des activités de trafic de drogue alimentant les États-Unis.
Le président américain a lancé en mars une « coalition militaire » pour « éradiquer » les cartels, si besoin à coups de missiles, avec aujourd'hui une vingtaine d'alliés d'Amérique latine.
Commentaires (0)
Participer à la Discussion
Règles de la communauté :
💡 Astuce : Utilisez des emojis depuis votre téléphone ou le module emoji ci-dessous. Cliquez sur GIF pour ajouter un GIF animé. Collez un lien X/Twitter, TikTok ou Instagram pour l'afficher automatiquement.