Afrique : Pourquoi parler de « crise de la démocratie » est un contresens
Pour le politologue Achille Mbembe, le diagnostic habituel sur l'Afrique est erroné : la démocratie ne peut pas être en crise là où elle n’a jamais véritablement pris racine. Derrière les façades du multipartisme se cache une réalité plus sombre : la survie d'un modèle autoritaire hérité de la colonisation.
Depuis les années 1990, la plupart des États africains ont adopté les codes de l'économie de marché et du pluralisme politique. Cependant, Mbembe affirme qu'il ne s'agit que d'un ravalement de façade.
L'analyse de Mbembe remonte aux racines du pouvoir : le système colonial. Ce dernier reposait sur la haine de soi instillée chez les colonisés. Au lieu de rompre avec ce poison, les élites postcoloniales se l'ont approprié pour instaurer un processus d'autocolonisation. Les dirigeants ne traitent pas leurs peuples comme des citoyens, mais comme des sujets occupés. Ce qui est en crise aujourd'hui, ce n'est donc pas la démocratie, mais l'efficacité de ce modèle prédateur.
Ce système de gouvernance est incapable de répondre aux trois défis majeurs du continent :
Le modèle actuel repose sur l'économie extractive, qui détruit l'environnement et s'apparente à une économie de guerre. Dans ce contexte :
Face à ce sombre tableau, Mbembe identifie une lutte idéologique majeure entre deux camps :
Pour Mbembe, l'enjeu est de soutenir ces sociétés civiles qui tentent d'inventer de nouvelles manières de vivre ensemble, en pariant sur l'intelligence collective plutôt que sur la brutalité.
Note de lecture : Achille Mbembe souligne que le salut de l'Afrique ne viendra pas d'une réforme de surface des institutions actuelles, mais d'une rupture profonde avec l'héritage colonial de la prédation.
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