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Korhogo: Quand la Can suscite l’espoir chez les artisans

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Korhogo: Quand la Can suscite l’espoir chez les artisans
À Korhogo, sculpteurs, perliers, tisserands, productrices de beurre de karité, etc. misent sur l'affluence qu'il y aura lors de la Coupe d'Afrique des nations pour faire de bonnes affaires.
La fièvre monte. À quelques heures du coup d’envoi des rencontres de football qui se dérouleront à Korhogo, capitale de la zone septentrionale de la Côte d’Ivoire, c’est l’euphorie dans la ville. Et pas uniquement chez les férus de foot. Ce 9 janvier, Bakary Coulibaly, artisan résidant dans ladite ville, tient entre ses mains un calao miniature en bois, l’animal primordial de la mythologie sénoufo. « Le calao est l’identité et l’emblème du peuple sénoufo. C’est l’objet à travers lequel les Sénoufos se reconnaissent et marchent dans la société », explique le jeune homme, âgé de 32 ans. Aidé d’une herminette dont il se sert pour décaper la pièce, il corrige les petites imperfections du bois à l’aide du papier vert. Cet artisan d’art perpétue un savoir-faire ancestral long de plusieurs siècles. Outre la production de calao, il fabrique également des masques, des statuettes poro, des instruments de musique, précisément le balafon et le djembé. Mais aussi des colliers, des peignes afro traditionnels, des tabourets, des cavaliers, des laissez-passer traditionnels sénoufos.

Korhogo accueille les équipes du groupe E composé de la Tunisie, du Mali, de la Namibie et de l’Afrique du Sud. Le premier match opposant la Tunisie à la Namibie doit se jouer le 16 janvier à 17 heures. Au centre artisanal de Daleguesso (quartier des sculpteurs), les artisans comme Bakary Coulibaly comptent sur l’affluence des fans de football visiteurs pour faire de «grandes ventes après des années difficiles», nous confie-t-il.

Le beurre de karité
Le beurre de karité



Coup d’accélérateur

Depuis 2002, en effet, les différentes crises politico-militaires que la Côte d’Ivoire a connues ont durement affecté le tourisme dans la partie nord du pays. Plusieurs sculpteurs ont abandonné le métier pour s’adonner à d’autres activités, notamment les taxi-motos, la culture du coton et de l’anacarde...

Le secteur de l’artisanat résistait tant bien que mal jusqu’à la survenue, en 2020, de la crise sanitaire. « La Covid-19 est venue définitivement briser nos espoirs. Les rares touristes étrangers qui passaient ont disparu. C’était la catastrophe », se souvient Bakary. La Can suscite chez lui beaucoup d’espoir pour donner un coup d’accélérateur à son activité. Lorsque le tournoi a été programmé en janvier, il s’est mis au travail dès le mois de juillet 2023. Bakary Coulibaly a investi plusieurs centaines de milliers de F Cfa dans l’achat de matériel. Il a même multiplié par quatre sa production mensuelle de masques miniatures passant de trois à quatre en moyenne à quinze, et triplé celle des bracelets en perles. « Il y aura des spectateurs, des touristes, des joueurs, des membres des équipes... j’espère augmenter mes revenus grâce à eux », avance-t-il.

Mamadou Soro, commerçant dans les environs de Daléguesso, a dépensé près d’un million de F Cfa pour se ravitailler auprès d’artisans dudit village, il exprime le même espoir teinté de crainte. « J’ai du stock. Il ne manque plus que les clients. J’espère tout vendre », exprime-t-il en montrant les objets qui débordent de son stand.

Dans ce centre sont exposés chaises traditionnelles, masques ou instruments de musique. D’après Soro Baba, qui représente l’une des deux coopératives des sculpteurs du village à savoir ‘’la coopérative Yebê’’, tous les artisans et revendeurs d’art du lieu ont doublé leurs productions pour la Can. « Parce que les touristes achètent plusieurs objets, ce qui augmente la marge bénéficiaire. Le tout au prix fort sans demander de réduction », dit-il.

Chiffre d’affaires

« Nous espérons que ces centaines de milliers de supporters qui viendront soutenir leurs équipes nationales en profiteront pour prendre quelques articles avec nous », poursuit ce presque septuagénaire qui a laissé la gestion de ses créations à son fils Soro Inza. Le président de la coopérative Yebê espère que tous les sculpteurs de Daléguesso, dont le nombre dépasse cent, feront un bon chiffre d’affaires. « Le comité local du Cocan nous a aussi donné un stand à la place de l’indépendance où nous allons exposer nos créations. Les clients pourront acheter sur place ou venir dans notre centre artisanal », sourit-il en soulignant qu’il aurait souhaité que l’État, à travers le ministère du Tourisme, aménage les salles d’exposition déjà existantes sur place pour l’occasion.

A quelques kilomètres de Daléguesso, précisément au village des tisserands de Waraniéné, l’on s’active. Les artisans exerçant sur ce site sont spécialisés dans le textile : couture, broderie, tissage, filage de coton. Eux aussi se sont préparés pour que la 34e édition de la Can soit fructueuse pour eux sur le plan économique. Plusieurs objets ont été confectionnés aux couleurs des drapeaux des pays qui s’affronteront sur la pelouse naturelle du stade flambant neuf Amadou Gon Coulibaly. Valy Coulibaly, le président de la coopérative Benkadi de Waraniéné, vise notamment les communautés tunisiennes, sud-africaines et namibiennes, ces pays qui ne partagent aucune frontière avec la Côte d’Ivoire. « Notre souhait est que les ressortissants de ces pays, éloignés de nous, découvrent notre savoir-faire et se procurent nos créations. Et qu’ils reviennent après la compétition. Il serait bien qu’on puisse nouer des partenariats d’affaires».

Le beurre de karité
Le beurre de karité



Beurre de karité

Les fabricants de perles de Kapélé, village situé à moins de cinq kilomètres de Korhogo, vibrent également au rythme de la Can. Depuis le mois de décembre, les perliers, aidés de leurs enfants, ont confectionné des bijoux, des bracelets, des décoratifs... à l’effigie des quatre pays que la ville accueille, notamment la Namibie, l’Afrique du Sud, le Mali et la Tunisie. Ils espèrent écouler tous leurs articles et gagner « beaucoup d’argent ». Au-delà de la vente, Dembélé Yaya, un des perliers, espère que son village sera plus connu à travers le monde entier et peut-être, pourra bénéficier d’infrastructures socio-économiques de base dont un château d’eau.

A Natio Kobadara, l’un des plus grands quartiers de la ville de Korhogo, les fabricantes de beurre de karité ont quadruplé leurs productions. Selon Awa Coulibaly, présidente de la coopérative Chigata, productrice de beurre de karité de ce quartier, depuis le mois de novembre 2023, les membres de la coopérative s’activent chaque jour dès l’aurore et ne s’arrêtent que tard la nuit pour fabriquer du beurre. Les femmes ont produit de sorte que le produit ne manque pas dans la ville.

« On fait de la transformation depuis plusieurs décennies. On n’a jamais produit autant de beurre de karité. La coopérative a alimenté le marché avec plus de 30 tonnes. On espère que les visiteurs vont tout acheter », souligne-t-elle. Aussi Awa fait-elle savoir que son objectif est de montrer au monde entier que le beurre de karité de Korhogo est le meilleur en termes de qualité.

Déguerpissement

Contrairement à ces derniers, les peintres sur toile de Fakaha qui exerçaient non loin de la présidence à Korhogo étaient perplexes à la veille de la compétition. L’espace sur lequel ces derniers exerçaient a été démoli dans le cadre de la vaste opération de déguerpissement des grandes artères des villes devant abriter la Can. Interrogé, Mamdou Silué, président de ce groupement d’artisans sur toile plaide auprès des autorités locales pour leur relocalisation d’ici le début de la compétition à Korhogo. « Nous, on ne peut plus produire ni vendre parce qu’on n’a pas d’espace. Mais on a du stock. Notre seul objectif est que les touristes nous voient en train de faire des toiles. Pour cela, il nous faut vraiment trouver un espace d’ici le 16 janvier, date du début des matches à Korhogo », dit-il, la gorge nouée.

Au-delà de la Can, les artisans d’art de la ville de Korhogo espèrent tisser d’importants partenariats pour mieux promouvoir leurs richesses culturelles. Mieux, ils espèrent participer à des foires et expositions à travers le monde entier. « Il ne suffit pas de vendre une fois pour de bon. Nous souhaitons que les visiteurs reviennent pour de grandes commandes de nos produits », précise Awa Coulibaly

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